🔎LES NOTIONS CLÉS A RETENIR POUR LE CHAPITRE
Mobilisation générale: Appel lancé par un État pour faire rejoindre l’armée à tous les hommes mobilisables. En août 1914, des millions d’Européens sont mobilisés en quelques jours.
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Guerre totale: Conflit mobilisant l’ensemble des ressources humaines, économiques et psychologiques d’un pays. Les civils comme les soldats participent à l’effort de guerre.
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Front de l'arrière: Ensemble des populations civiles soutenant l’effort de guerre loin des combats. Les usines, les femmes et la propagande jouent un rôle essentiel.
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Miracle de la Marne: Nom donné à la victoire française lors de la bataille de la Marne en septembre 1914. Elle stoppe l’avancée allemande vers Paris.
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Blocus maritime: Stratégie visant à empêcher un pays ennemi d’importer marchandises et nourriture par voie maritime. Le Royaume-Uni impose un blocus à l’Allemagne pendant la guerre.
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Génocide arménien: Massacre et déportation des Arméniens par les autorités de l’Empire ottoman en 1915-1916. Environ 1 à 1,2 million de personnes meurent.
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Bolcheviks: Révolutionnaires communistes russes dirigés par Vladimir Lénine. Ils prennent le pouvoir en Russie en octobre 1917.
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Voie Sacrée: Route reliant Bar-le-Duc à Verdun utilisée pour ravitailler l’armée française pendant la bataille de Verdun en 1916.
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Nettoyeur de tranchées: Soldat chargé de combattre dans les tranchées ennemies après les assauts. Il utilise grenades, revolvers ou couteaux dans des combats rapprochés.
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Char: Véhicule blindé armé apparu pendant la Première Guerre mondiale. Il est utilisé pour franchir les tranchées et protéger les soldats.
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Hiver de la faim: Nom donné aux pénuries alimentaires qui touchent l’Allemagne durant l’hiver 1916-1917 à cause du blocus britannique.
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Armistice: Accord mettant fin aux combats sans signer encore la paix définitive. Celui du 11 novembre 1918 met fin à la Première Guerre mondiale.
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🏛️LES PERSONNAGES LES PLUS IMPORTANTS
Joffre: Général français et commandant en chef des armées en 1914, il dirige la victoire française lors de la bataille de la Marne qui stoppe l’offensive allemande. Il devient l’une des principales figures militaires françaises du début de la guerre.
Guillaume II: Empereur allemand pendant la Première Guerre mondiale, il soutient une politique militaire agressive et la guerre sous-marine contre les Alliés. Affaibli par les défaites de 1918, il abdique et s’exile aux Pays-Bas.
Nicolas II: Dernier tsar de Russie, il dirige le pays pendant les premières années de la guerre mais fait face aux défaites militaires et aux crises économiques. Renversé lors de la révolution de février 1917, il abdique puis est exécuté en 1918.
Ferdinand Foch: Général français devenu commandant en chef des armées alliées en 1918, il coordonne les offensives finales contre l’Allemagne. Il supervise également la signature de l’armistice du 11 novembre 1918.
Woodrow Wilson: Président des Etats-Unis de 1916 à 1920, il décide d'entrer dans le conflit en 1917 aux côtés de l'Entente. Ses "17 points" sont imposés à ses alliés pour régler le conflit.
Lloyd Georges: Premier ministre du Royaume-Uni à partir de 1916, il organise l’économie britannique pour soutenir l’effort de guerre. Il joue un rôle majeur dans la victoire alliée et dans les négociations de paix de 1919.
Lénine: Chef des bolcheviks, il prend le pouvoir en Russie lors de la révolution d’Octobre 1917. Il retire ensuite la Russie de la guerre en signant la paix de Brest-Litovsk avec l’Allemagne en 1918.
François-Ferdinand de Habsbourg: Héritier du trône austro-hongrois, il est assassiné à Sarajevo le 28 juin 1914 par un nationaliste serbe. Cet attentat déclenche l’engrenage diplomatique qui mène à la Première Guerre mondiale.
I.1914-1915, du déclenchement de la guerre aux premières offensives
🪶CITATION A RETENIR:
Kaiser Wilhelm II, "Je ne connais plus de partis, je ne connais plus que des Allemands!", Discours au Reichstag du 4 août 1914, appelant à l'union nationale.
John McCrae, "In Flanders fields the poppies blow / Between the crosses, row on row", In Flanders Field, 1915. Le coquelicot représente le sang des soldats tombés pour la patrie.
Chesterton, "In that enormous silence tiny and unafraid, comes up along a winding road the noise of the crusade", Lepanto, 1915. Poème sur la bataille de Lépante mais décrit symboliquement le courage des Britanniques et leurs alliés face à l'Empire allemand.
A. 1914, la guerre commence, les causes d'un conflit
Au début du XXe siècle, l’Europe domine largement le monde grâce à sa puissance industrielle, militaire et coloniale. Pourtant, les tensions entre grandes puissances s’accumulent depuis plusieurs décennies. Les rivalités coloniales opposent notamment la France, le Royaume-Uni et l’Empire allemand. La crise marocaine de 1905 puis celle d’Agadir en 1911 montrent l’hostilité croissante entre Paris et Berlin.
L’Allemagne de Guillaume II veut concurrencer la puissance britannique et française, notamment par une importante course aux armements. Guillaume II évoque une "politique mondiale" qui ferait de l'Allemagne la première puissance européenne. Entre 1906 et 1914, l’Allemagne et le Royaume-Uni développent massivement leurs flottes de guerre modernes, les "dreadnoughts", le Royaume-Uni choisit de se rapprocher de la France et de la Russie, ses rivaux traditionnels, à cause de la menace germanique.
En parallèle, l’Europe se divise en deux grands systèmes d’alliances : la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie) et la Triple Entente (France, Royaume-Uni, Russie).
En rouge, la Triple Alliance
En vert, la Triple Entente
Les tensions nationalistes aggravent encore la situation, particulièrement dans les Balkans, région surnommée la "poudrière de l’Europe". L’Empire austro-hongrois et l’Empire ottoman y sont fragilisés par les revendications nationales des peuples slaves. Pendant la première guerre balkanique (1912-1913), se sont étendues aux dépends de l'Empire ottoman: la Serbie, la Bulgarie, l'Albanie et la Grèce.
Cependant, la Serbie souhaite rassembler les Slaves du Sud dans un même État, ce qui inquiète Vienne, car une large partie des Slaves en question se trouvent dans ses domaines (Bosnie et Croatie).
En plus de ces questions, la Russie est intéressée par une expansion vers les autres territoires slaves tenus par l'Autriche-Hongrie (Tchéquie, Slovaquie, Galicie) et les territoires chrétiens des Ottomans (Arménie, Caucase). Pour les Ottomans, la nouvelle équipe dirigeante des "Jeunes Turcs" du CUP se rapproche de l'Allemagne et poursuit les persécutions contre les minorités chrétiennes, notamment les Arméniens et Assyriens, car les Jeunes Turcs veulent transformer l'empire en un Etat dominé par les Turcs.
Une affiche des Jeunes-Turcs, se présentant comme des réformistes, prêts à sauver l'empire ottoman
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L’élément déclencheur survient le 28 juin 1914 lorsque l’archiduc François-Ferdinand d'Autriche, héritier du trône austro-hongrois, est assassiné à Sarajevo par un nationaliste serbe, Gavrilo Prinzip. L’Autriche-Hongrie accuse la Serbie et lui adresse un ultimatum mettant la Serbie sous sa coupe.
L'assassinat de François-Ferdinand, Archiduc d'Autriche et héritier de l'empire d'Autriche-Hongrie
Le déclencheur du conflit
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Or, la Serbie sait qu'elle peut compter sur le soutien de la Russie, et elle refuse. En conséquence, Vienne lui déclare la guerre le 28 juillet 1914, soutenue par Berlin. Le système des alliances provoque alors un engrenage diplomatique et militaire. En quelques jours, l’ensemble des grandes puissances européennes entre dans le conflit. Le 1er août, l'Allemagne déclare la guerre à la Russie et le 3 août à la France.
Guillaume II, Kaiser allemand
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Nicolas II, tsar de Russie
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Raymond Poincaré, président de la république française
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Georges V, souverain du Royaume-Uni et empereur des Indes
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La mobilisation mobilise les adultes et jeunes gens de l'ensemble des pays concernés. En France, la mobilisation générale est décrétée le 1er août 1914 : des millions d’hommes rejoignent l’armée. Au total, près de 8 millions de soldats français sont mobilisés pendant la guerre.
Le départ des mobilisés français en 1914
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L’Allemagne applique le plan Schlieffen qui prévoit une attaque rapide contre la France en passant par la Belgique neutre. Or, le Royaume-Uni s'était porté garant de l'indépendance belge et rentre à son tour en guerre contre Berlin le 4 août. Les troupes allemandes progressent rapidement vers Paris durant l’été 1914.
En rouge, les Empires centraux
En vert, l'Entente
En effet, elles l'emportent dans la "bataille des frontières", obligeant l'armée française au repli. Celle-ci souffre d'un manque d'artillerie à longue portée, de mitrailleuses et d'une doctrine fondée sur l'offensive.
Or, les charges à la baïonnettes sont désastreuses et extrêmement sanglantes contre des mitrailleuses, sans oublier que l'uniforme au pantalon rouge est particulièrement voyant. Le 22 août 1914, 27 000 soldats français sont tués en une journée, et les pertes montent vite à des centaines de milliers d'hommes, alors que l'armée belge est trop faible pour tenir le territoire.
Une charge de l'infanterie française, à découvert, en formation serrée et baïonnette au canon
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Cependant, en septembre 1914, les armées françaises dirigées par les généraux Joffre et Gallieni stoppent l’avancée allemande lors de la bataille de la Marne. Plus de 2 millions de soldats participent à cet affrontement décisif. Les célèbres « taxis de la Marne » sont réquisitionnés pour transporter rapidement des soldats vers le front. Cependant, leur rôle ne concerne que quelques milliers de soldats, il est symbolique et non décisif.
Cette victoire française empêche la prise de Paris et marque l’échec de la guerre rapide espérée par l’Allemagne. C'est le "miracle de la Marne", car la situation semblait perdue.
Par la suite, intervient la "course à la mer", les deux armées tentent de contourner leur adversaire, mais sans résultats, il n'y aura pas de victoire décisive dans l'année.
À la fin de l’année 1914, le front se stabilise progressivement sur près de 700 kilomètres, de la mer du Nord à la Suisse. Les soldats commencent alors à creuser des tranchées pour se protéger de l’artillerie et des mitrailleuses modernes. La guerre de mouvement laisse place à une guerre longue et extrêmement meurtrière.
Une chine Youtube consacrée à la reconstitution des mitrailleuses d'époque: CRsenal
A l'Est, l'armée russe a mené une offensive dès août contre la Prusse orientale et la Galicie. Or, en Prusse, les Allemands sous le commandement des généraux Hindenburg et François manœuvrent habilement. A la bataille de Tannenberg, ils encerclent et anéantissent l'invasion. La Russie a un manque de logistique, d'artillerie et déploie une armée gigantesque mais mal encadrée et avec un corps d'officiers aux compétences douteuses.
"L'adieu d'une femme slave", un chant patriotique russe de l'époque
De même, les Ottomans rejoignent les Empires centraux en novembre, ses offensives dans le Caucase et contre l'Egypte britannique échouent toutefois. A l'inverse, l'Italie reste neutre.
En rouge, les Empires centraux en janvier 1915
En rose, les territoires de l'Entente qu'ils occupent
En vert, l'Entente
En vert clair, les territoires des Empires centraux qu'ils occupent
B. 1915, la guerre de tranchées s'installe
En 1915, la guerre est devenue une guerre de position à l'Ouest. Les deux camps s’enterrent dans d’immenses réseaux de tranchées protégées par des barbelés et défendues par des mitrailleuses. Sur le front occidental, les lignes ennemies sont parfois séparées de seulement quelques dizaines de mètres. Les conditions de vie des soldats sont particulièrement difficiles : boue, froid, rats, poux, bombardements permanents et manque d’hygiène rythment leur quotidien.
Le no man's land
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Les offensives lancées par les états-majors provoquent des pertes énormes pour des gains territoriaux très faibles. Les soldats doivent sortir des tranchées et traverser le "no man’s land", terrain découvert balayé par les tirs ennemis. En 1915, les offensives françaises en Champagne et en Artois causent des centaines de milliers de pertes sans véritable percée décisive.
L'artillerie est trop imprécise pour éliminer les barbelés et permettre une charge victorieuse, les mitrailleuses continuent de bloquer une offensive et amène donc à une limite des actions possibles pour les généraux des deux camps.
Des soldats français sur le front de Champagne, 1915
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Les innovations technologiques rendent la guerre encore plus meurtrière. Les armées utilisent massivement l’artillerie lourde : certains obus peuvent détruire des villages entiers. Les gaz de combat apparaissent dès 1915, notamment lors de la bataille d’Ypres, où les Allemands les utilisent les premiers. Le chlore puis le gaz moutarde provoquent brûlures, suffocations et traumatismes durables.
Soldats britanniques tués par le gaz
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Des mitrailleurs britanniques avec un masque à gaz
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Un clip de métal russe sur "l'attaque des hommes morts": un incident réellement survenu à Osovitse le 6 août 1915, où des soldats russes atteints par le gaz de combat ont quand même combattu jusqu'au bout
Cette guerre touche également les civils : la Première Guerre mondiale est une guerre totale. Les États mobilisent toute l’économie pour soutenir l’effort de guerre. Les usines produisent armes, munitions et équipements militaires. Les femmes remplacent souvent les hommes partis au front dans les usines d’armement ; on les surnomme les « munitionnettes ». Les gouvernements développent aussi la propagande afin de maintenir le moral de la population.
Des femmes travaillant dans les usines d'armement
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Le 26 avril 1915, l'Italie rentre en guerre aux côtés de l'Entente et attaque l'Autriche-Hongrie. Le gouvernement italien veut conquérir les "terres irrédentes" peuplées (en partie) d'Italophones: le Trentin, l'Istrie et la Dalmatie, terres qui se trouvent en Autriche-Hongrie. Cependant, les offensives italiennes sont des désastres sur le front des Alpes.
Les pertes sont particulièrement sévères et le général Cadorna qui est le commandant en chef multiplie les punitions, qui n'ont d'autres résultats de saper le moral de ses hommes. La population italienne dans son ensemble est encore diversement enthousiaste à se battre: le sentiment national reste encore faible chez beaucoup de paysans, les socialistes se sont opposés à la guerre et l'incompétence du haut-commandement est criante.
Dans le film Uomini Contro, une représentation d'une décimation: le choix de punir au hasard des soldats italiens pour une faute commise par leur unité
Le conflit provoque également des violences contre certaines populations civiles. Dans l’Empire ottoman, les autorités accusent les Arméniens de soutenir la Russie et profitent de la situation de guerre pour mener à bien les anciens plans de nettoyage ethnique, commencé dès les années 1890. En 1915 débute le génocide arménien : déportations, massacres et famines causent la mort d’environ 1 à 1,2 million d’Arméniens.
Des civils arméniens massacrés par l'armée ottomane, dans le génocide arménien
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En Belgique, le Nord de la France et dans les zones occupées à l'Est, l'armée allemande multiplie les exécutions de civils comme otages, pour briser la résistance locale et empêcher un éventuel soulèvement.
La situation militaire à la fin de l'année 1915, l'Italie a rejoint le conflit, la Bulgarie et l'Autriche Hongrie occupent la Serbie, tandis que la Russie a du abandonner une part importante de son territoire
C. La guerre maritime et les opérations en dehors de l'Europe
La Première Guerre mondiale ne se limite pas aux champs de bataille européens : elle devient rapidement un conflit mondial touchant les océans, les colonies et plusieurs continents. Les empires coloniaux fournissent soldats, matières premières et ressources économiques aux puissances européennes.
Dans le film La victoire en chantant, des Français présents en Afrique équatoriale française apprennent la déclaration de guerre
De nombreux soldats coloniaux combattent pour la France pendant la guerre, notamment des tirailleurs sénégalais et des soldats nord-africains (la division de marche du Maroc est l'une des plus décorées du conflit). De même, des centaines de milliers de travailleurs viennent de Chine et d'Indochine pour combler aux manques de main d’œuvre.
Un hymne d'époque des troupes coloniales
La guerre maritime joue un rôle essentiel dans le conflit. Le Royaume-Uni utilise sa puissante flotte pour imposer un blocus maritime à l’Allemagne. Les Britanniques cherchent ainsi à empêcher l’arrivée de nourriture et de matières premières dans les ports allemands. Ce blocus contribue à affaiblir l’économie allemande et provoque de graves pénuries alimentaires.
L’« hiver du navet » de 1916-1917, appelé aussi « hiver de la faim », entraînera une forte mortalité parmi les civils allemands.
En réponse, l’Allemagne développe la guerre sous-marine avec ses sous-marins appelés U-Boote. Ceux-ci attaquent les navires marchands alliés dans l’Atlantique. Le 7 mai 1915, le paquebot britannique RMS Lusitania est torpillé, causant la mort de près de 1 200 personnes. C'est un scandale aux Etats-Unis car c'était un navire civil et avec de nombreux passagers américains. La guerre sous-marine allemande est temporairement limitée car l'état-major allemand ne veut pas amener les Etats-Unis dans le camp de l'Entente.
Un U-Boote allemand
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Une affiche de propagande américaine, dénonçant le torpillage du Lusitania
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Une tentative de la marine impériale allemande de combattre la marine britannique avec ses navires de surface amène à un match nul dans la bataille du Jutland en 1916, sans pouvoir rompre le blocus.
La guerre s’étend également aux colonies allemandes d’Afrique et d’Asie. Les Britanniques, Français et Japonais s’emparent rapidement des possessions allemandes d'Afrique: Cameroun, Sud-Ouest allemand et la Tanzanie actuelle où l'Allemand von Lettow-Vorbeck résiste efficacement mais sans espoir du fait de la supériorité numérique britannique.
Le Japon profite du conflit pour renforcer son influence en Asie et dans le Pacifique, conquérant les territoires allemands en Chine et dans les Mariannes. En Chine, les puissances européennes maintiennent leur présence malgré la guerre.
Au Moyen-Orient, la Russie s'avance en Anatolie et en mars 1915, l'empire britannique tente de mettre les Ottomans hors-jeu. Sous l'impulsion de Winston Churchill, les Britanniques débarquent dans le détroit des Dardanelles à proximité de Constantinople. Ils veulent s'emparer de cette ville et permettre de ravitailler la Russie par la Mer Noire.
Or, l'armée ottomane résiste, appuyée par des officiers allemands. En janvier 1916, les troupes alliées (Britanniques, Australiens, Néo-Zélandais, Français,etc.) évacuent vers la Grèce, les Ottomans se maintiennent dans la guerre.
Des troupes françaises ayant débarqué dans les Dardanelles
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🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
Deux grandes alliances divisent l’Europe avant 1914.
L’assassinat de François-Ferdinand d'Autriche déclenche la crise.
La guerre débute en juillet 1914.
L’Allemagne envahit la Belgique.
La bataille de la Marne stoppe l’avancée allemande.
La guerre de mouvement échoue en 1914.
Les tranchées s’étendent sur des centaines de kilomètres.
Les conditions de vie des soldats sont très difficiles.
Le Royaume-Uni impose un blocus maritime à l’Allemagne.
Le conflit devient rapidement mondial.
II. 1916-1917, tenter de briser l’armée et la société ennemies
🪶CITATION A RETENIR:
"Courage, on les aura!" Derniers mots de l'ordre du jour du 10 avril 1916, destiné aux troupes françaises défendant Verdun
Roger Vercel, "Tuer un type, tout le monde pouvait le faire, mais, en tuant, loger la peur dans le crâne de dix mille autres, ça c’était notre boulot ! ", Capitaine Conan, 1934. Décrit l'histoire d'un nettoyeur de tranchées français, sur le front d'Orient.
Ernst Jünger, "Mon anglais était étendu devant — un jeune garçon à qui ma balle avait traversé le crâne de part en part. Il gisait là ; le visage détendu. Je me contraignis à le regarder dans les yeux. Je suis souvent revenu en pensée à ce mort, et plus fréquemment d'année en année.", Orages d'acier, 1920.
A. 1916, les grandes offensives: Verdun, La Somme, Broussilov
L’année 1916 marque l’apogée de la guerre d’usure. Les états-majors cherchent à épuiser l’ennemi par des offensives massives malgré les pertes énormes qu’elles provoquent. Les combats atteignent alors un niveau de violence inédit.
La bataille de Verdun devient le symbole de cette guerre d’usure. A partir du 21 février 1916, les Allemands sous le commandement du maréchal von Falkenhayn, tentent une rupture du front à Verdun. Les Allemands concentrent une puissance de feu exceptionnelle : plus de 1 200 pièces d’artillerie bombardent les positions françaises. En quelques heures, des millions d’obus s’abattent sur le champ de bataille.
Cependant, les soldats français tiennent le temps suffisant pour que la défense s'organise. Aux bois des Caures, le lieutenant-colonel Driant se sacrifie avec ses hommes dans les heures qui suivent, le fort de Vaux résiste du 2 au 7 juin sous les ordres du commandant Raynal.
Le fort de Vaux après les combats
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Plus de 300 jours de combats font environ 300 000 morts et plus de 400 000 blessés des deux côtés. Plusieurs généraux, comme Pétain, Nivelle et Mangin, organisent la défense française. La bataille est un symbole de la résistance française avec les slogans "On ne passe pas!" ou "Courage, on les aura!". La « voie sacrée » désigne la route permettant d’acheminer en continu hommes et matériel vers Verdun, ce qui préserve le moral et entraine un roulement des effectifs.
Près de 70 % des soldats français passent par Verdun pendant la bataille.
Les camions français sur la Voie sacrée
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Les conditions de combat sont terribles : bombardements continus, boue, cadavres, gaz toxiques et destruction totale du paysage. Le fort de Douaumont change plusieurs fois de mains.
Les combats durent près de dix mois, jusqu’en décembre 1916. Finalement, les Français parviennent à résister et reprennent une partie du terrain perdu. En décembre, l'Allemagne a échoué, la résistance du fort de Vaux, la colline du Mort-Homme, la tranchée des baïonnettes sont autant de marqueurs symboliques de la victoire.
A la nouvelle de la capture de Douaumont par l'armée française, les soldats alliés chantent la Marseillaise.
Une des scènes les plus célèbres du film de Jean Renoir, La Grande Illusion (1937)
Pour soulager Verdun, les Britanniques et les Français lancent en juillet 1916 une grande offensive sur la bataille de la Somme. Après une semaine de bombardements massifs, les soldats alliés attaquent les lignes allemandes le 1er juillet 1916. Cette journée devient la plus meurtrière de l’histoire de l’armée britannique : environ 20 000 soldats britanniques sont tués en une seule journée et près de 40 000 blessés. Les combats se poursuivent jusqu’en novembre 1916 sans véritable percée décisive.
Un poème de John Macrae, "In Flanders' Fields", en hommage au sacrifice des soldats britanniques
La bataille de la Somme fait plus d’un million de victimes au total. C’est durant cette offensive que les Britanniques utilisent pour la première fois des chars d’assaut en septembre 1916, même si ceux-ci restent encore peu nombreux et peu fiables.
Sur le front oriental, la Russie lance en juin 1916 l’offensive Broussilov dirigée par le général Alexeï Broussilov contre l’Autriche-Hongrie. Cette offensive constitue l’un des plus grands succès militaires russes de la guerre. Broussilov utilise des tactiques nouvelles : bombardements courts mais précis, attaques surprises et infiltration rapide. Les lignes austro-hongroises s’effondrent sur plusieurs centaines de kilomètres.
Les Empires centraux perdent près de 1,5 million d’hommes tués, blessés ou prisonniers. Cependant, les pertes russes sont également énormes et l’armée russe s’épuise durablement.
Les contre-attaques de l'armée allemande venues en renfort permettent de renverser la situation. Non seulement l'armée russe a échoué, mais à présent, le tsar Nicolas II est vivement critiqué et des révolutionnaires veulent changer de régime.
Ces grandes offensives montrent les limites des stratégies militaires traditionnelles face aux armes modernes. Malgré des pertes immenses, aucun camp ne parvient encore à obtenir une victoire décisive.
B. Nouvelles stratégies, nouvelles armes
La Première Guerre mondiale est aussi une guerre d’innovations technologiques et stratégiques. Les états-majors cherchent sans cesse de nouveaux moyens pour percer les fronts ennemis et sortir de l’enlisement des tranchées.
L'artillerie seule ne suffit pas, mais apparait le feu roulant (le tir avance au fur et à mesure de l'assaut), de même, les mortiers de tranchées se diffusent. On estime qu’environ 70 % des pertes de la guerre sont causées par l’artillerie, que ce soit pendant l'assaut ou lorsque les troupes sont dans la tranchée.
Les premiers chars d’assaut ont été utilisés par les Britanniques en 1916 afin de franchir les tranchées et les barbelés. A Cambrai en 1917, ces chars percent efficacement le front mais les Britanniques ne transforment pas ce succès tactique en victoire à l'échelle du front.
De même, les Français utilisent avec succès ces chars (modèle Saint-Chamond et Renault) à la bataille de la Malmaison en octobre 1917.
Les Saint-Chamond français à l'attaque contre les tranchées allemandes, dans la Série "Im Westen nichts neues"
Les premiers modèles sont lents et tombent souvent en panne, mais ils annoncent une révolution militaire importante. En 1918, les Alliés utilisent des centaines de chars lors de leurs offensives. A l'inverse, l'armée allemande n'investit pas massivement dans ces chars.
L’aviation connaît aussi un développement spectaculaire. Au début de la guerre, les avions servent surtout à la reconnaissance. Progressivement, ils sont équipés de mitrailleuses et deviennent des avions de chasse ou de bombardement. Les pilotes s'affrontent dans des duels aériens Des pilotes comme l'allemand von Richthofen, surnommé le « Baron rouge » ou les Français Guynemer et Fonck deviennent célèbres. Les dirigeables allemands Zeppelin bombardent même certaines villes britanniques, ainsi Londres est plusieurs fois visée.
Dans le film "The Blue Max", des avions allemands au combat face aux Britanniques
Les U-Boote attaquent toujours les navires marchands alliés dans l’Atlantique afin de couper le ravitaillement britannique. Cette stratégie devient particulièrement importante en 1917 avec la guerre sous-marine à outrance, où les précédentes restrictions sont abandonnées.
Les pertes infligées aux navires de l'Entente sont très lourdes mais en retour, les Etats-Unis du président Wilson tiennent l'occasion de rentrer en guerre, pour venger leurs pertes. Le 6 avril 1917, ils déclarent la guerre à l'Allemagne.
Une des affiches américaines de propagande les plus connues, invitant les citoyens à la mobilisation
Contrairement aux effets escomptés, de nombreux Américains protestent contre ce conflit
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Sur le front, les tactiques militaires évoluent progressivement. Les armées développent des unités spécialisées comme les « nettoyeurs de tranchées » français et Stosstruppen allemandes chargées de combattre dans les positions ennemies avec grenades, revolvers et lance-flammes.
Les offensives deviennent mieux coordonnées entre artillerie, infanterie, aviation et chars. La Malmaison en est la preuve, avec une saturation des tranchées ennemies par un feu d'artillerie plus précis.
Le "shell shock" aussi appelé l'"obusite" en France, conséquence de l'intensité des combats
Sur le front italien, Allemands et Austro-Hongrois réussissent une percée à la bataille de Caporetto en octobre 1917. L'armée italienne cède, subit des centaines de milliers de pertes (dont une majorité de prisonniers) et se replie en désordre. Cependant, Cadorna est finalement remplacé par le général Diaz, qui rétablit la situation. Un sursaut national a lieu, il faut tenir face à l'envahisseur.
La Legenda del Piave est un chant patriotique italien, célébrant le sursaut national après la défaite de Caporetto
La Canzone degli Arditi, hymne en hommage aux troupes d'élites italiennes, les "Arditi"
Ainsi, la Première Guerre mondiale transforme profondément l’art de la guerre : elle inaugure une guerre industrielle moderne fondée sur la puissance technologique, la production de masse et l’innovation militaire permanente.
🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
La guerre totale mobilise toute la société.
Les femmes travaillent dans les usines de guerre.
La propagande devient essentielle.
Verdun débute le 21 février 1916.
Verdun fait environ 300 000 morts.
La bataille de la Somme provoque des pertes immenses.
L’offensive Broussilov affaiblit l’Autriche-Hongrie.
Les gaz de combat sont utilisés massivement.
Les chars apparaissent en 1916.
L’aviation militaire se développe rapidement.
III. Vers la victoire, 1918
🪶CITATION A RETENIR:
Georges Clémenceau, "Oui les Allemands peuvent prendre Paris, cela ne m'empêchera pas de faire la guerre. Nous nous battrons sur la Loire, nous nous battrons sur la Garonne, s'il le faut, et même sur les Pyrénées ! Si nous en sommes chassés, on continuera la guerre sur mer, mais quant à faire la paix, jamais ! ", Discours de juin 1918.
Maréchal Ferdinand Foch, "Ce n'est pas une paix, c'est un armistice pour 20 ans", à propos du traité de Versailles.
Maréchal Huebrt Lyautey, "Un homme, endormi le 1er janvier 1914, se réveillant en ce 1er janvier 1920 et parcourant l'Europe, n'en croirait pas ses yeux à la vue de cet amoncellement de millions de tombes fraîches", Discours de 1920.
A. Un pays quitte la scène, l'autre entre en lice
Entre 1917 et 1918, deux événements majeurs modifient profondément l’équilibre du conflit : la sortie de la Russie de la guerre et l’entrée en puissance des États-Unis aux côtés des Alliés.
Depuis 1914, la Russie subit de lourdes défaites face à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie. L’armée russe manque d’armes, de munitions et de ravitaillement. Les pertes humaines sont immenses : entre 1914 et 1917, la Russie compte environ 2 millions de morts militaires et plusieurs millions de blessés ou prisonniers. Les difficultés économiques provoquent des pénuries alimentaires et des grèves dans les grandes villes. À Saint-Pétersbourg, devenue Petrograd, les manifestations se multiplient durant l’hiver 1916-1917.
Le tsar Nicolas II est affaibli: le soigneur et conseiller de son épouse Raspoutine multiplie les scandales. Tué le 30 décembre 1916 par des aristocrates russes, c'est un scandale de plus. Dans l'armée, les officiers sont souvent distants de leurs hommes, un fossé qui n'est pas comparable avec la proximité entre soldats du rang et leurs cadres, que l'on trouve dans l'armée italienne.
Portrait d'époque de Grigori Raspoutine
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Sur la chanson de Boney M "Rasputin", un clip du film (fantaisiste) The King's Man
En février 1917, la révolution éclate. Les républicains profitent du faible moral de la population et de l'armée pour s'emparer de Petrograd, la capitale. Le tsar Nicolas II abdique et un gouvernement provisoire dirigé par Kerenski décide quand même de poursuivre la guerre.
Cependant, la lassitude de la population et des soldats devient immense. Les désertions se multiplient dans l’armée russe, car Kerenski fait l'erreur de s'appuyer sur les groupes révolutionnaires communistes (bolcheviks, sociaux-révolutionnaires, mencheviks), par peur des monarchistes voulant rétablir le tsar.
Chanson tsariste de l'époque "La fin de l'épopée", déplorant le renversement du tsar Nicolas II
Ces groupes forment des "soviets", des conseils de soldats qui refusent les ordres des officiers et appellent ouvertement à finir les combats. La subversion s'installe partout, à l'arrière comme dans les tranchées.
Extrait du Film Dr Jivago, où les troupes russes se mutinent contre leurs officiers et les abattent
Le Soviet de Petrograd, 1917
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En octobre 1917, les bolcheviks dirigés par Vladimir Lénine prennent le pouvoir par la force, en promettant « la paix, le pain et la terre ». Le nouveau régime signe avec l’Allemagne le traité de Brest-Litovsk en mars 1918. La Russie abandonne d’immenses territoires : la Pologne, l’Ukraine, les pays baltes et la Finlande. Cette paix permet à l’Allemagne de transférer près de 50 divisions du front de l’Est vers le front occidental. En Russie, les bolcheviks sont immédiatement confrontés à une guerre civile.
Un hymne des forces blanches "La marche des tirailleurs sibériens"
Et... sur le même air, un hymne de l'armée rouge "Par delà les vallées et les collines"
Mais au même moment, les États-Unis deviennent une puissance militaire décisive dans le conflit. Les premiers soldats américains arrivent en France en 1917, bien que leur présence ne devienne réellement massive qu'à l'été 1918. où près d’un million de soldats américains sont déjà présents en Europe ; ils seront plus de deux millions avant la fin de la guerre. Cette arrivée progressive renforce considérablement le moral des Alliés alors que les Empires centraux commencent à s’épuiser.
Ainsi, au début de 1918, la guerre entre dans une nouvelle phase : l’Allemagne profite temporairement du retrait russe mais doit désormais affronter la puissance industrielle et humaine des États-Unis. Pour cela, au printemps 1918, l’Allemagne comprend qu’elle doit remporter une victoire rapide avant que les forces américaines ne deviennent trop nombreuses. Le haut commandement allemand dirigé par le maréchal Paul von Hindenburg et le général Erich Ludendorff lance alors une série de grandes offensives sur le front occidental.
De gauche à droite: Hindenburg, le Kaiser Wilhelm II et Ludendorff
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B. La dernière offensive allemande
Le 21 mars 1918 débute l’offensive Michael, première étape de cette grande attaque allemande. Les Allemands utilisent de nouvelles tactiques d’infiltration : de petits groupes d’assaut spécialisés, les Sturmtruppen, percent rapidement les lignes ennemies en évitant les points les plus fortifiés. Après un bombardement d’artillerie extrêmement violent, les troupes allemandes avancent rapidement. En quelques jours, elles progressent de plusieurs dizaines de kilomètres, ce qui n’était plus arrivé depuis 1914.
Les offensives allemandes menacent sérieusement les Alliés. Les combats se rapprochent à nouveau de Paris, bombardée par un gigantesque canon allemand surnommé « la Grosse Bertha », capable de tirer à plus de 120 kilomètres. L’armée française connaît des moments critiques, tandis que les Britanniques reculent dans certaines zones.
Face au danger, les Alliés décident de coordonner davantage leurs forces. En mars 1918, le général Ferdinand Foch est nommé commandant en chef des armées alliées. Il coordonne désormais les forces françaises, britanniques et américaines afin d’éviter un effondrement du front. En France, le président du conseil Clemenceau, au pouvoir depuis 1917, ravive le moral, promet la lutte sans compromis et jusqu'au bout. Sa présence, il est surnommé le "Tigre", est essentielle pour maintenir l'effort de guerre français, alors qu'en 1917 une série de grèves dans les rangs avait suivi l'offensive ratée du Chemin des Dames.
Ferdinand Foch, généralissime allié
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Georges Clémenceau, président du Conseil et "père la victoire"
Malgré leurs succès initiaux, les offensives allemandes s’essoufflent progressivement. Les pertes sont énormes : l’armée allemande perd près de 800 000 hommes entre mars et juillet 1918. Les soldats sont épuisés, le ravitaillement devient insuffisant et les réserves diminuent rapidement. Surtout, les renforts américains arrivent désormais massivement.
En juillet 1918, les Alliés stoppent définitivement les Allemands lors de la seconde bataille de la Marne. Puis Foch prépare la réplique, avec une armée française qui depuis 1917, surclasse l'armée allemande sur le plan tactique et stratégique.
À partir d’août 1918 débute la grande contre-offensive alliée appelée « offensive des Cent-Jours ». Les chars, l’aviation et l’artillerie sont désormais utilisés de manière coordonnée. Les Alliés percent progressivement les lignes allemandes.
L’armée allemande commence alors à se désorganiser. Les désertions augmentent et le moral des soldats s’effondre. À l’arrière, la population souffre des pénuries alimentaires et des bombardements. Les alliés de l’Allemagne s’effondrent également : la Bulgarie capitule en septembre, l’Empire ottoman en octobre et l’Autriche-Hongrie en novembre 1918.
Ainsi, la dernière offensive allemande échoue malgré ses succès initiaux. L’Allemagne comprend progressivement qu’elle ne peut plus gagner la guerre.
C. Le 11 novembre 1918
À l’automne 1918, les Empires centraux sont au bord de l’effondrement. L’armée allemande recule sur tous les fronts et les difficultés économiques provoquent des troubles importants à l’intérieur du pays. Les pénuries alimentaires sont aggravées par le blocus maritime britannique qui prive l’Allemagne de nombreuses importations essentielles.
Dans les villes allemandes, la faim et le mécontentement populaire progressent rapidement. Hindenburg qui dirigeait les opérations et avait établi avec l'aide du Kaiser une véritable dictature militaire depuis 1917 remet le pouvoir à des civils. Le prince Max de Bade, en octobre, devient chancelier et commence des pourparlers avec l'Entente.
Ce faisant, Hindenburg et son n°2 Ludendorff pourront clamer après guerre que ce sont les civils qui ont échoué et non leur propre armée, car ils sont bien conscients de la catastrophe militaire imminente.
Une caricature antisémite allemande évoquant un "coup de poignard dans le dos": accusant ici les juifs d'avoir trahi l'armée allemande
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Les mutineries se multiplient également dans la marine allemande. À Kiel, des marins se révoltent début novembre 1918 contre la poursuite de la guerre. Le mouvement révolutionnaire s’étend ensuite à plusieurs grandes villes allemandes. Sous la pression des événements, l’empereur Guillaume II abdique le 9 novembre 1918 et s’enfuit aux Pays-Bas. La République allemande est proclamée à Weimar.
Des marins révolutionnaires communistes de la flotte de Kiel
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Le nouveau gouvernement allemand demande alors un armistice aux Alliés. Les négociations se déroulent dans un wagon de train installé dans la forêt de Compiègne, au nord de Paris.
L’armistice est signé le 11 novembre 1918 à 5h15 du matin et entre en vigueur à 11 heures. Dans toute l’Europe, les cloches sonnent et des foules immenses descendent dans les rues pour célébrer la fin des combats. À Paris, Londres ou New York, des scènes de joie éclatent après plus de quatre années de guerre.
Les signataires de l'armistice à Compiègne
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Cependant, le bilan humain est catastrophique. La Première Guerre mondiale a causé environ 10 millions de morts militaires et plusieurs millions de victimes civiles. La France compte près de 1,4 million de soldats morts et plus de 4 millions de blessés. L’Allemagne perd environ 2 millions de soldats. De nombreuses régions du nord-est de la France sont totalement dévastées : villages détruits, terres agricoles ravagées, infrastructures ruinées.
Un exemple de soldat brutalisé par le conflit, extrait du film "Capitaine Conan" de Bertrand Tavernier (1992)
La guerre laisse également des traumatismes profonds. Des millions d’anciens combattants souffrent de blessures physiques ou psychologiques. Les « gueules cassées », soldats gravement mutilés du visage, deviennent un symbole des violences du conflit. Les sociétés européennes restent profondément marquées par cette expérience de guerre totale.
Enfin, l’armistice ne constitue pas encore une paix définitive. Les vainqueurs préparent les traités de paix qui redessineront la carte de l’Europe lors de la conférence de Paris en 1919. De même, en Orient, sur le front russe, en Europe de l'Est et même en Allemagne, les combats se poursuivent...
🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
La Russie quitte la guerre en 1918.
Vladimir Lénine prend le pouvoir en Russie.
Les États-Unis entrent en guerre en 1917.
Les soldats américains renforcent les Alliés.
L’Allemagne lance une grande offensive en 1918.
Ferdinand Foch dirige les contre-offensives alliées.
Les Alliés repoussent les Allemands à l’été 1918.
Guillaume II abdique le 9 novembre 1918.
L’armistice est signé le 11 novembre 1918.
La guerre fait environ 10 millions de morts militaires.
CHRONOLOGIE DES PRINCIPALES DATES DU CHAPITRE
28 juin 1914 – Assassinat de François-Ferdinand
août 1914 – Début de la guerre mondiale
septembre 1914 – Bataille de la Marne
1915 – Installation durable de la guerre des tranchées
21 février 1916 – Début de Verdun
juillet 1916 – Offensive de la Somme
1917 – Entrée en guerre des États-Unis
1917 – Révolution russe
mars 1918 – Traité de Brest-Litovsk
11 novembre 1918 – Armistice de Rethondes