🔎LES NOTIONS CLÉS A RETENIR POUR LE CHAPITRE
Faisceaux de combat: créés en 1919 par Benito Mussolini. Ce mouvement rassemble anciens combattants, nationalistes et militants hostiles au socialisme. Les Faisceaux deviennent le noyau du futur parti national fasciste italien.
©Wikimedia Commons
Biennio rosso: (« deux années rouges ») désigne la période de fortes tensions sociales en Italie entre 1919 et 1920. Grèves, occupations d’usines et révoltes ouvrières inquiètent les élites italiennes et favorisent la montée du fascisme.
©Wikimedia Commons
Corporatisme: Le corporatisme est une organisation économique et sociale dans laquelle patrons et ouvriers sont regroupés dans des corporations contrôlées par l’État. Dans l’Italie fasciste, il vise à supprimer la lutte des classes et à encadrer la société.
©Wikimedia Commons
Futurisme: un mouvement artistique italien du début du XXe siècle qui glorifie la vitesse, la technique, la violence et la modernité. Il inspire le mouvement fasciste.
©Wikimedia Commons
Homme nouveau: un idéal des régimes totalitaires visant à transformer profondément les individus. Les États fasciste, nazi et soviétique cherchent à créer un citoyen entièrement dévoué au régime et à son idéologie.
©Wikimedia Commons
Terreur rouge: la politique de répression menée par les bolcheviks pendant la guerre civile russe après 1917. Arrestations, exécutions et violences sont organisées par la police politique afin d’éliminer les opposants au régime communiste.
©Wikimedia Commons
Stakhanovisme: une politique soviétique encourageant les ouvriers à dépasser les objectifs de production. Elle tire son nom du mineur Alexeï Stakhanov, présenté par la propagande comme un modèle de travailleur socialiste.
©Wikimedia Commons
Plan quinquennal: des programmes économiques de cinq ans mis en place par Joseph Staline à partir de 1928. L’État fixe des objectifs de production très élevés afin d’industrialiser rapidement l’URSS.
©Wikimedia Commons
Machtergreifung: signifie « prise du pouvoir ». Il désigne l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir en Allemagne en janvier 1933 et l’installation progressive du régime national-socialiste.
©Wikimedia Commons
Race aryenne: Dans l’idéologie nazie, la « race aryenne » est présentée comme une race prétendument supérieure, associée principalement aux peuples germaniques. Cette théorie raciste sert à justifier les conquêtes, les persécutions et le génocide des Juifs.
©Wikimedia Commons
Pogrom: une attaque violente organisée contre une population juive. Ces massacres, fréquents dans l’Empire russe au XIXe et au début du XXe siècle, inspirent ensuite certaines violences antisémites nazies, notamment la nuit de cristal.
©Wikimedia Commons
Police politique: un organisme chargé de surveiller la population et de réprimer les opposants dans les régimes autoritaires ou totalitaires. Exemples : la Tchéka puis le NKVD en URSS, ou la Gestapo en Allemagne.
©Wikimedia Commons
🏛️LES PERSONNAGES LES PLUS IMPORTANTS
Joseph Staline (1878-1953) : Dirigeant de l’URSS à partir de la fin des années 1920. Il impose un régime totalitaire fondé sur le parti unique, la collectivisation et la terreur politique. Il dirige l’URSS pendant la Seconde Guerre mondiale.
Léon Trotsky (1879-1940) : Révolutionnaire bolchevik et créateur de l’Armée rouge. Rival de Staline après la mort de Lénine, il est exclu du pouvoir puis exilé. Il est assassiné au Mexique sur ordre de Staline en 1940.
Benito Mussolini (1883-1945) : Fondateur du fascisme italien et chef du gouvernement italien à partir de 1922. Il établit une dictature totalitaire basée sur le culte du chef et le nationalisme. Alliée d’Hitler, l’Italie fasciste s’effondre en 1945.
Gabriele d'Annunzio (1863-1938) : Poète, écrivain et nationaliste italien. En 1919, il s’empare de la ville de Fiume avec ses partisans, inspirant certains rites et symboles du fascisme. Son action influence Mussolini.
Italo Balbo (1896-1940) : Chef fasciste italien et proche de Mussolini. Il participe à la marche sur Rome en 1922 et devient ministre de l’Air. Il joue un rôle important dans la propagande aérienne du régime fasciste.
Adolf Hitler (1889-1945): fondateur du NSDAP, chancelier allemand à compter de 1933. Il est le dirigeant du système totalitaire national-socialiste, comme son Führer. Principal responsable de la Seconde Guerre Mondiale, il se suicide en 1945.
Reynard Heydrich (1904-1942) : Haut responsable SS et chef du RSHA, l’appareil de sécurité nazi. Il organise la conférence de Wannsee en 1942, qui coordonne la « Solution finale ». Il est assassiné à Prague la même année.
Hermann Goering (1893-1946) : Proche d’Hitler et fondateur de la Gestapo. Il dirige la Luftwaffe et devient l’un des principaux responsables du régime nazi. Condamné au procès de Nuremberg, il se suicide avant son exécution.
Heinrich Himmler (1900-1945) : Chef de la SS et principal organisateur de la répression nazie. Il supervise les camps de concentration et la mise en œuvre de la Shoah. Il se suicide à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Jose Antonio Primo de Riveira (1903-1936) : Fondateur de la Phalange espagnole, mouvement nationaliste et autoritaire inspiré du fascisme. Il défend un État fort et anticommuniste. Il est exécuté au début de la guerre civile espagnole par les républicains.
Francisco Franco (1892-1975) : Général espagnol qui prend le pouvoir après la guerre civile espagnole (1936-1939). Il instaure une dictature autoritaire nationaliste et conservatrice. Son régime dure jusqu’à sa mort en 1975.
I. Le communisme en URSS
🪶CITATION A RETENIR:
Staline, "La mort d'un homme est une tragédie, la mort d'un million une statistique".
Blague soviétique: "Un juge au tribunal de Moscou est en pleine crise de fou rire, un collègue le croise: "Que t'arrive-t-il? - Je viens d'entendre la blague la plus drôle de ma vie - Raconte - Impossible, je viens de mettre 10 ans de Goulag à son auteur" (En URSS, une blague jugée anticommuniste était punie par la loi).
Autre blague soviétique, "Qu'est ce que le capitalisme? L'exploitation de l'homme par l'homme! Qu'est ce que le communisme? Le contraire".
A. Forger l’URSS
En 1917, la Russie est profondément affaiblie par la Première Guerre mondiale. Les défaites militaires, les pénuries alimentaires et les difficultés économiques provoquent l’effondrement du régime tsariste. En février 1917, le tsar Nicolas II abdique après des manifestations et des mutineries à Petrograd. Un gouvernement provisoire dirigé par des libéraux et des socialistes modérés prend alors le pouvoir (Kerenski en est à la tête), mais il décide de poursuivre la guerre, ce qui mécontente une grande partie de la population.
Kerensky, dirigeant de la république russe de février à octobre 1917
©Wikimedia Commons
Le tsar Nicolas II et sa famille
©Wikimedia Commons
Dans ce contexte de crise, les bolcheviks dirigés par Vladimir Lénine gagnent en influence. Ils promettent « la paix, le pain et la terre », mettent en place des "soviets" (des conseils) dans les unités militaires et entreprises.
Dans la nuit du 24 au 25 octobre 1917 (7 novembre selon le calendrier occidental), les bolcheviks renversent le gouvernement provisoire lors de la révolution d’Octobre à Petrograd. Les bolcheviks prennent rapidement le contrôle des principaux centres du pays, interdisent au parlement (la Douma) de se représenter car ils y sont minoritaires.
Les espoirs d'une révolution mondiale, initiée par les bolcheviks
©Wikimedia Commons
Une fois au pouvoir, Lénine engage des mesures radicales. Les terres des grands propriétaires sont confisquées et redistribuées aux paysans. Le tsar et sa famille sont assassinés en 1918. Les usines passent progressivement sous contrôle de l’État. En mars 1918, afin de sortir de la guerre, le nouveau régime signe avec l’Allemagne le traité de Brest-Litovsk. La Russie perd d’immenses territoires mais obtient la paix.
L'assassinat du tsar et de sa famille reconstitué. 17 juillet 1918, Iekaterinburg
Cependant, les bolcheviks doivent rapidement faire face à une guerre civile extrêmement violente entre les « Rouges » (bolcheviks) et les « Blancs » (monarchistes, républicains, socialistes opposés aux bolcheviks). Cette guerre civile dure de 1918 à 1921 et fait plusieurs millions de morts, à cause des combats, des famines et des épidémies. Les armées blanches sont soutenues par plusieurs puissances étrangères comme la France, le Royaume-Uni, le Japon ou les États-Unis, qui craignent la diffusion du communisme.
Extrait du film Admiral (2008) représentant un des chefs des armées blanches, l'Amiral Kolchak, appelant ses hommes à combattre au nom de Dieu, de la Russie et de la Patrie contre le bolchevisme
Pour remporter la guerre civile, les bolcheviks mettent en place le « communisme de guerre ». L’État contrôle entièrement l’économie, réquisitionne les récoltes paysannes et impose une discipline très stricte. La police politique, la Tchéka, dirigée par Félix Dzerjinski, organise une répression violente contre les opposants.
Des dizaines de milliers de personnes sont arrêtées et exécutées durant la « Terreur rouge ». Les territoires voulant l'indépendance sont écrasés par la force (comme la Géorgie ou l'Ukraine).
Extrait du film Docteur Jivago (1963) où un des responsables de la Terreur rouge, Strelnikov, passe en train après avoir massacré un village
En 1920-1921, la tentative des bolcheviks d'envahir la Pologne pour diffuser le communisme est repoussée à Varsovie, lors du "Miracle sur la Vistule".
Extrait du film "La bataille de Varsovie" représentant un évènement réel: Ignacy Skorupka, prètre catholique, ralliant ses hommes face aux bolcheviks
Malgré la victoire des bolcheviks en 1921, le pays est ruiné. La production industrielle a chuté de près de 80 % par rapport à 1913 et une terrible famine provoque plusieurs millions de morts entre 1921 et 1922. Face à cette catastrophe, Lénine lance la Nouvelle politique économique (NEP) en 1921. Cette réforme réintroduit partiellement l’économie de marché : les petits commerces privés et certaines exploitations agricoles sont autorisés. La production agricole et industrielle redémarre progressivement.
Le personnage d'Ostap Bender, un escroc et aventurier, héros des romans d'Ilf et Petrov, est un aperçu de l'esprit d'entreprise de la NEP, qui doit jouer avec les entraves du communisme soviétique
En 1922 est officiellement créée l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Cet État fédéral rassemble plusieurs républiques dominées par le Parti communiste. Théoriquement égalitaire et démocratique, le régime est en vérité une dictature à parti unique. Toute opposition politique est interdite et la propagande glorifie la révolution bolchevique. Les religions, et en particulier la religion orthodoxe associée à l'ancienne monarchie, sont pourchassées.
À la mort de Lénine en 1924, une lutte de pouvoir s’engage au sommet du Parti communiste. Deux grandes figures s’opposent : Léon Trotski, chef de l’Armée rouge, et Joseph Staline, secrétaire général du Parti communiste.
B. Staline prend le contrôle du pays...
À partir de 1929, Joseph Staline devient le maître absolu de l’URSS. Il élimine progressivement tous ses adversaires politiques, notamment Trotski, exclu du Parti puis exilé avant d’être assassiné au Mexique en 1940 par un agent soviétique.
Archives d'époque: il vaut mieux applaudir longuement à la fin d'un discours de Staline
Staline abandonne la NEP et engage une transformation radicale de l’économie soviétique. Son objectif est de faire de l’URSS une grande puissance industrielle capable de rivaliser avec les pays occidentaux. Pour cela, il lance les plans quinquennaux à partir de 1928. L’économie est désormais entièrement dirigée par l’État qui fixe des objectifs de production extrêmement ambitieux.
L’industrialisation se concentre surtout sur l’industrie lourde : charbon, acier, électricité, armement et construction mécanique. La production industrielle augmente très rapidement. Entre 1928 et 1937, la production de charbon passe d’environ 35 à plus de 120 millions de tonnes ; celle d’acier est multipliée par quatre. D’immenses complexes industriels sont construits comme Magnitogorsk dans l’Oural ou les barrages hydroélectriques du Dniepr. Des millions de paysans quittent les campagnes pour travailler dans les villes industrielles.
Affiche de 1931, appelant à rejoindre le kolkhoze
©Wikimedia Commons
Mais cette industrialisation se fait au prix de sacrifices humains considérables. Les ouvriers travaillent dans des conditions très dures et subissent une discipline stricte. La propagande glorifie les « héros du travail » comme Alexeï Stakhanov, présenté comme un modèle de productivité. De même, la bureaucratie et le gaspillage sont omniprésents dans l’industrialisation.
Staline transforme également l’agriculture par la collectivisation forcée des campagnes. Les terres privées sont regroupées dans des fermes collectives appelées kolkhozes ou dans des fermes d’État appelées sovkhozes. Les paysans riches, appelés koulaks, sont accusés de saboter la collectivisation. Des centaines de milliers sont déportés ou exécutés.
Affiche de propagande appelant à l'élimination des koulaks
©Wikimedia Commons
La collectivisation provoque une catastrophe économique et humaine. De nombreux paysans détruisent leurs récoltes ou abattent leur bétail pour résister. La désorganisation agricole entraîne une terrible famine, particulièrement en Ukraine et dans le sud de la Russie entre 1932 et 1933. Cette famine, appelée Holodomor, provoque plusieurs millions de morts. Selon certains historiens, Staline aurait pu avoir encouragé la famine pour briser la paysannerie locale et les nationalistes ukrainiens.
Cadavres et agonisants à Kiev pendant l'Holodomor
©Wikimedia Commons
Parallèlement, Staline renforce son pouvoir personnel grâce à une immense propagande. Son portrait est omniprésent dans les villes, les écoles et les usines. Le culte de la personnalité présente Staline comme le "guide génial" du peuple soviétique. Le Parti communiste contrôle totalement la société, les médias, l’éducation et la culture.
Ainsi, entre 1929 et 1936, l’URSS devient une grande puissance industrielle mais aussi une dictature totalitaire fondée sur la peur, la propagande et le contrôle absolu du Parti communiste.
Scène de fin du film "Les tractoristes", où on célèbre un toast au portrait de Staline
C. La Grande Terreur
Entre 1937 et 1938, Joseph Staline déclenche une immense vague de répression appelée la Grande Terreur ou les Grandes Purges. Son objectif est d’éliminer toute opposition réelle ou supposée au régime soviétique.
Staline affirme que des « ennemis du peuple » complotent contre l’URSS. La police politique, désormais appelée le NKVD, dirigée par Iagoda puis Iejov, organise arrestations, interrogatoires et exécutions massives. Le procureur Vichinsky se spécialise dans les plaidoiries enflammées contre les accusés, des "vipères lubriques", encouragé par une vision paranoïaque qui associe échec à sabotage.
Les premiers visés sont les anciens dirigeants bolcheviks accusés de trahison lors des grands procès de Moscou entre 1936 et 1938. Des figures historiques de la révolution comme Grigori Zinoviev ou Lev Kamenev sont condamnées à mort après des aveux obtenus sous la torture ou les menaces.
Vichinsky (au centre), le procureur prononçant le réquisitoire lors du procès Radek de 1937
©Wikimedia Commons
La terreur touche rapidement toute la société soviétique. Les cadres du Parti, les officiers de l’Armée rouge, les intellectuels, les ingénieurs et de simples citoyens sont arrêtés par centaines de milliers. L’armée est particulièrement touchée : les officiers supérieurs soviétiques sont pour une majorité éliminés, y compris le maréchal Mikhaïl Toukhatchevski. Ces purges militaires sont désastreuses pour l’efficacité de l’armée, qui vit dans une atmosphère de suspicion permanente.
L'armée rouge représentée comme invincible
©Wikimedia Commons
Et la purge de ces membres: sur les 5 maréchaux de l'URSS, seuls Boudienny (debout à gauche) et Vorochilov (assis au centre) survivent
©Wikimedia Commons
Les arrestations reposent souvent sur de simples dénonciations, il est vivement conseillé d’écrire pour dénoncer son voisin, son collègue, voire sa famille. Avoir un parent à l’étranger, de la famille noble, être croyant ou bien simplement malchanceux suffit. En effet, chaque responsable local du parti doit remplir des quotas d’arrestation, et il est encouragé à les dépasser…sous peine de se voir lui aussi arrêté.
Le Maitre et Marguerite de Boulgakov, écrit clandestinement et une satire de la Grande Terreur
©Wikimedia Commons
Les accusés sont envoyés dans les camps du Goulag ou exécutés rapidement. On estime qu’entre 1937 et 1938, environ 1,5 million de personnes sont arrêtées et plus de 680 000 exécutées. Sans oublier que les familles des condamnés sont aussi persécutées
Le système concentrationnaire du Goulag se développe fortement durant cette période, bien qu’il existe déjà depuis Lénine. Ces camps de travail forcé sont situés dans des régions très isolées de Sibérie ou du Grand Nord. Les détenus travaillent dans des conditions extrêmement dures à la construction de routes, de canaux, de mines ou de complexes industriels.
TOUR DE MAGIE SOVIETIQUE!
Avant...
©Wikimedia Commons
Et après! (Iejov finit par être éliminé par Staline à son tour)
©Wikimedia Commons
Malgré cette violence extrême, la propagande continue de présenter l’URSS comme une société moderne et heureuse. Une partie des observateurs étrangers admire encore les progrès industriels soviétiques sans toujours mesurer l’ampleur de la répression. Staline poursuit toujours son culte de la personnalité, avec une intensité rarement atteinte dans l’histoire.
Ainsi, la Grande Terreur marque l’apogée du système totalitaire stalinien. L’URSS devient un État fondé sur le contrôle absolu du Parti, la surveillance généralisée et la violence de masse.
🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
II. “Croire, obéir, combattre”, l’Italie fasciste
🪶CITATION A RETENIR
Benito Mussolini, "Si le fascisme n'est qu'huile de ricin et manganello et non une passion superbe de la meilleure jeunesse d'Italie, à moi la faute!", Discours du 3 janvier 1925. Le manganello est la matraque utilisée par les chemises noires contre leurs adversaires.
Niccolo Giani, "Je crois en Dieu, en Mussolini et en la jeunesse. Le moyen d'y parvenir est par un empire fasciste", Philosophe et fondateur de l'Ecole de la mystique fasciste.
"Duce, Duce, nous voulons la paix, Duce Duce, nous ne craignons pas la guerre, Nos coeurs sont à toi, Rome guidera de nouveau le monde", Chanson fasciste en hommage à Mussolini, appelée "Duce, Duce"
A. Le fascisme s’empare de l’Italie
À la fin de la Première Guerre mondiale, l’Italie traverse une profonde crise économique, sociale et politique. Pourtant membre du camp des vainqueurs en 1918, le pays se considère comme victime d’une « victoire mutilée », selon le mot du nationaliste Gabriele d’Annunzio. Beaucoup d’Italiens estiment que les Alliés n’ont pas respecté les promesses territoriales faites pendant la guerre. Les nationalistes réclament notamment la ville de Fiume et certains territoires de la côte adriatique. Cette frustration alimente un fort sentiment de colère contre le régime parlementaire.
Une affiche italienne de 1917, célébrant la défense de la Piave et le sursaut national
©Wikimedia Commons
La situation économique est également catastrophique. L’inflation augmente fortement après la guerre, les anciens soldats ont du mal à retrouver un emploi et la dette publique explose. En 1919, l’Italie compte près de deux millions de chômeurs. Les tensions sociales deviennent très importantes : les ouvriers organisent des grèves massives tandis que les paysans pauvres occupent parfois des terres dans le sud du pays.
Entre 1919 et 1920, période appelée le « Biennio Rosso » (« les deux années rouges »), des centaines d’usines sont occupées par des ouvriers influencés par les idées socialistes ou communistes. Les classes moyennes et les grands propriétaires craignent alors une révolution comparable à celle des bolcheviks en Russie.
Des militants communistes armés
©Wikimedia Commons
C’est dans ce contexte qu’émerge le mouvement fasciste dirigé par Benito Mussolini.
Benito Mussolini
©Wikimedia Commons
Ancien cadre socialiste devenu nationaliste pendant la guerre, Mussolini fonde en 1919 les Faisceaux italiens de combat. Le mouvement fasciste attire d’anciens combattants, des nationalistes, des étudiants et des membres des classes moyennes hostiles au socialisme. Il s’inspire du futurisme, une idéologie créée par l’intellectuel Marinetti et faisant l’apologie de la violence, de la vitesse et de la guerre.
Représentation d'un meeting fasciste dans la série M. Il figlio del secolo
©Wikimedia Commons
De même, en 1919, D’Annunzio s’empare de la ville de Fiume et créer une « régence du Carnaro », appelant à un Etat à la fois révolutionnaire et nationaliste. Vaincu par le gouvernement italien, cela laisse le champ libre à Mussolini, parmi les nationalistes, tout en l’influençant fortement (salut romain, cri de guerre « Eia Eia Alala », culte du chef, uniformes noirs).
Archives d'époque, D'Annunzio à Fiume
©Wikimedia Commons
Les fascistes organisent rapidement des groupes paramilitaires, les squadristes, appelés les « Chemises noires ». Ces milices utilisent la violence contre les syndicats, les socialistes et les coopératives ouvrières. Des permanences syndicales sont incendiées et des opposants battus ou assassinés.
Socialistes et communistes ont aussi des forces armées, mais moins efficaces que les fascistes, et ils sont vaincus. Les autorités italiennes réagissent peu, car une partie des élites économiques et politiques voit dans les fascistes un rempart contre le communisme.
Les principaux cadres fascistes et (à la fin de la vidéo) les violentes méthodes utilisées. Extrait de la série M. Il figlio del secolo
©Wikimedia Commons
Le mouvement fasciste progresse rapidement. Aux élections de 1921, les fascistes obtiennent 35 députés au Parlement italien. Mussolini apparaît alors comme un homme capable de rétablir l’ordre dans un pays en crise, où les gouvernements se succèdent, cependant, il reste minoritaire dans l’opinion publique.
En octobre 1922, les fascistes organisent la célèbre Marche sur Rome. Des milliers de Chemises noires convergent vers la capitale afin de faire pression sur le gouvernement. C’est du bluff, Mussolini est conscient qu’il n’a qu’une minorité active avec lui et que si l’armée est déployée contre lui, sa tentative échouera.
Le roi Victor-Emmanuel III refuse de faire intervenir l’armée contre les fascistes et décide finalement de nommer Mussolini président du Conseil le 30 octobre 1922. Mussolini arrive légalement au pouvoir, mais sous la menace de la violence fasciste.
Les fascistes en marche sur Rome
©Wikimedia Commons
Les archives cinématographiques de la marche sur Rome
©Wikimedia Commons
Dans un premier temps, Mussolini gouverne dans le cadre du régime parlementaire. Cependant, il renforce progressivement son pouvoir. En 1923, la loi Acerbo garantit au parti arrivé en tête une majorité parlementaire des deux tiers des sièges. Lors des élections de 1924, les fascistes remportent la victoire dans un climat d’intimidation et de violences.
L’assassinat du député socialiste Giacomo Matteotti en juin 1924 provoque une crise politique majeure. Matteotti avait dénoncé les fraudes et les violences fascistes au Parlement. Son meurtre choque profondément l’opinion publique italienne, car des squadristes ont abattu Matteotti, potentiellement avec l’approbation de Mussolini (ce qui n’est pas prouvé).
Pourtant, Mussolini parvient à conserver le pouvoir grâce au soutien du roi, des milieux économiques et d’une partie de l’armée.
En janvier 1925, Mussolini assume publiquement la responsabilité politique des violences fascistes et transforme l’Italie en dictature. Les partis d’opposition sont interdits, la presse est contrôlée et les libertés politiques disparaissent. Entre 1925 et 1926, les « lois fascistissimes » établissent officiellement le régime fasciste.
Reprise du texte du discours prononcé par Mussolini le 3 janvier
Extrait du film Il delitto Matteotti
©Wikimedia Commons
B. “Pour le Duce et l’Empire”, le fascisme et les Italiens
À partir de 1925, Benito Mussolini met progressivement en place une dictature totalitaire fondée sur le contrôle politique, la propagande et le nationalisme. Il prend le titre de « Duce » (« le guide ») et concentre l’ensemble des pouvoirs. Le Parlement perd toute réelle influence, puis est transformé en chambre des faisceaux et les opposants sont arrêtés, surveillés ou contraints à l’exil. La police politique, l’OVRA, traque les adversaires du régime.
Le fascisme cherche à encadrer l’ensemble de la société italienne. La propagande joue un rôle central : affiches, journaux, radio et cinéma glorifient Mussolini et présentent le fascisme comme un régime moderne et puissant. Le culte de la personnalité se développe fortement. Mussolini apparaît partout : sur les murs, dans les écoles et lors des rassemblements de masse.
Un discours de Mussolini, ici, il critique la politique raciale de l'Allemagne en 1934
©Wikimedia Commons
Le fascisme cherche à encadrer l’ensemble de la société italienne. La propagande joue un rôle central : affiches, journaux, radio et cinéma glorifient Mussolini et présentent le fascisme comme un régime moderne et puissant. Le culte de la personnalité se développe fortement. Mussolini apparaît partout : sur les murs, dans les écoles et lors des rassemblements de masse.
Le régime accorde une grande importance à la jeunesse, son hymne officiel est "Giovinezza". Les enfants et adolescents sont intégrés dans des organisations fascistes comme les Balilla afin de diffuser les valeurs du régime : discipline, obéissance et militarisme. L’école est également contrôlée par l’État fasciste. Les enseignants doivent prêter serment de fidélité au régime.
Mussolini aviateur
©Wikimedia Commons
L’économie italienne est placée sous contrôle croissant de l’État. Mussolini développe le corporatisme : patrons et ouvriers sont regroupés dans des corporations contrôlées par le régime afin d’éviter les conflits sociaux. Les syndicats indépendants sont supprimés. Le droit de grève disparaît.
Le régime lance aussi plusieurs campagnes économiques spectaculaires. La « bataille du blé » vise à augmenter la production agricole afin de rendre l’Italie plus autonome. De grands travaux sont entrepris : routes, ponts, assèchement des marais pontins près de Rome ou construction de nouvelles villes. Le chômage diminue partiellement grâce à ces chantiers publics.
Mussolini se fait représenter en train de récolter le blé
©Wikimedia Commons
Cependant, les résultats économiques restent limités. L’industrie italienne progresse mais reste inférieure à celle de l’Allemagne ou du Royaume-Uni. La crise mondiale des années 1930 touche durement l’économie italienne. L’État intervient davantage dans les banques et les entreprises afin d’éviter les faillites, encourage l'autarcie mais la corruption impacte fortement ces efforts.
Le fascisme entretient aussi des relations complexes avec l’Église catholique. En 1929, les accords du Latran signés avec le pape Pie XI mettent fin au conflit entre l’État italien et la papauté ouvert depuis l’unification italienne. Le Vatican devient un État indépendant et le catholicisme est reconnu comme religion officielle de l’Italie. Cependant, Mussolini se méfie de l'Eglise et veut limiter les associations catholiques, et considère la foi catholique comme un concurrent direct à la foi fasciste. En effet, le fascisme, comme le communisme ou le national-socialisme, sont des religions laïques.
La signature des accords du Latran
©Wikimedia Commons
La politique étrangère fasciste devient de plus en plus agressive dans les années 1930. Mussolini rêve de construire un nouvel empire romain autour de la Méditerranée. En 1935-1936, l’Italie envahit l’Éthiopie malgré les condamnations internationales. L’armée italienne utilise des armes chimiques contre les troupes éthiopiennes. Si la France et le Royaume-Unis s'écartent de l'Italie, au contraire, l'Allemagne approuve pleinement cette opération.
Troupes coloniales italiennes au combat face aux Éthiopiens
©Wikimedia Commons
L’Italie se rapproche progressivement de l’Allemagne nazie dirigée par Adolf Hitler. Les deux régimes soutiennent ensemble le général Francisco Franco durant la guerre civile espagnole à partir de 1936. En 1936 est proclamé l’« Axe Rome-Berlin », l'Italie rejoignant en 1937 le pacte antikomintern qui liait l'Allemagne et le Japon.
Une carte postale japonaise célébrant le pacte Anti-Komintern
©Wikimedia Commons
À partir de 1938, Mussolini adopte également des lois antisémites inspirées du modèle nazi. Les Juifs italiens sont exclus de certains emplois publics et discriminés dans la société. En 1939, l'Italie annexe l'Albanie.
Ainsi, entre 1925 et 1939, l’Italie fasciste devient une dictature nationaliste et autoritaire fondée sur la propagande, le contrôle social et l’expansion militaire. Malgré certains succès apparents, le régime reste marqué par des faiblesses économiques importantes et une dépendance croissante envers l’Allemagne nazie. De même, son armée est épuisée et n'est absolument pas préparée pour un conflit européen de longue durée.
🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
III. “Ein VOLK, Ein REICH, Ein FÜHRER”: l’Allemagne nationale-socialiste
🪶CITATION A RETENIR:
Adolf Hitler, "Peuple allemand, donne nous 4 ans et juge-nous!", Premier discours en tant que chancelier, 1933.
A. La prise de pouvoir
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Allemagne traverse une crise profonde. La défaite de 1918 provoque un immense choc politique et psychologique. Le traité de Versailles signé en 1919 est très mal accepté par une grande partie de la population allemande. L’Allemagne perd des territoires, doit limiter fortement son armée et payer d’importantes réparations de guerre. Beaucoup d’Allemands considèrent ce traité comme une humiliation nationale, bien qu’il soit beaucoup plus clément que les projets originels de la France envers l’Allemagne vaincue.
La jeune République de Weimar, proclamée en 1919, doit faire face à de nombreuses difficultés. Les premières années sont marquées par des troubles politiques violents : révoltes spartakistes (communistes), tentatives de coups d’État de la droite nationaliste et affrontements de rue entre militants politiques. Les corps-francs monarchistes et nationalistes combattent les communistes et écrasent la révolte. De même, ils se battent dans la Baltique contre les bolcheviks. Une fois les révoltes communistes vaincus, le gouvernement de Weimar les dissout, ce qui encourage leur rancœur envers la démocratie libérale.
Extrait du film "Hitler la naissance du mal", où les Freikorps balayent les communistes à Munich
C’est dans ce contexte qu’émerge le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), fondé en 1920. Le parti est dirigé par Adolf Hitler, Autrichien, ancien soldat de la Première Guerre mondiale. Hitler développe une idéologie nationaliste, antisémite et anticommuniste.
Adolf Hitler
©Wikimedia Commons
Il affirme que l’Allemagne a été trahie en 1918 par les démocrates, les socialistes et les Juifs. Il promet également de restaurer la puissance allemande. La thèse du Dolchstosslegende "coup de poignard dans le dos" est largement diffusée parmi les nationalistes, au-delà de Hitler.
Caricature antisémite représentant le Dolchstosslegende, où un juif poignarde un soldat allemand sur le front, illustrant les accusations des nationalistes
©Wikimedia Commons
Le parti reste d’abord marginal. En novembre 1923, Hitler tente un coup d’État à Munich, appelé le « putsch de la Brasserie ». Cette tentative échoue et Hitler est emprisonné quelques mois. Durant sa détention, il rédige Mein Kampf (« Mon combat »), ouvrage dans lequel il expose ses idées : racisme, antisémitisme, nationalisme extrême et rejet de la démocratie parlementaire. Il entend créer un grand empire allemand, autour de la supériorité de la race aryenne, la conquête des territoires de l’URSS le Lebensraum et en faisant de l’Allemagne une superpuissance.
À partir de la fin des années 1920, la situation économique semble s’améliorer grâce aux prêts américains et à la stabilisation de la monnaie. Cependant, la crise économique mondiale de 1929 bouleverse à nouveau l’Allemagne. Les banques américaines retirent leurs capitaux et l’économie allemande s’effondre brutalement. Entre 1929 et 1932, la production industrielle chute d’environ 40 % et le chômage atteint près de 6 millions de personnes.
Cette crise favorise fortement la progression du parti nazi. Hitler se présente comme un homme capable de rétablir l’ordre, le travail et la grandeur nationale. Le NSDAP utilise des méthodes modernes de propagande : affiches, meetings de masse, radio et slogans simples. Les sections paramilitaires nazies, les SA (« sections d’assaut »), organisent de grandes manifestations et affrontent violemment les communistes dans les rues.
Le parti nazi progresse rapidement lors des élections. En 1928, il obtient moins de 3 % des voix ; en juillet 1932, il devient le premier parti du Reichstag avec plus de 37 % des suffrages. Cependant, Hitler ne dispose pas encore de la majorité absolue.
Sturm Abteilungen en parade en 1932
©Bundesarchiv, B 145 Bild-P049500 / CC-BY-SA 3.0
Les élites conservatrices allemandes pensent alors pouvoir utiliser Hitler pour stabiliser le pays. Le président Paul von Hindenburg nomme finalement Hitler chancelier le 30 janvier 1933.
Hitler serrant la main à Hindenburg lors de sa nomination en tant que chancelier
CC BY-SA 3.0 de Bundesarchiv
Une fois au pouvoir, Hitler agit très rapidement pour détruire la démocratie allemande. Le 28 février 1933, l’incendie du Reichstag sert de prétexte pour suspendre les libertés fondamentales. Les communistes sont arrêtés par milliers. En mars 1933, la loi des pleins pouvoirs permet à Hitler de gouverner sans le Parlement. Très rapidement, les partis politiques sont interdits, avec toutes les forces d’opposition et l’Allemagne devient un État à parti unique. Le camp de concentration de Dachau ouvre dès cette période.
B. L’Allemagne sous la férule des nationaux-socialistes
Le pouvoir national-socialiste repose d’abord sur une répression massive des opposants politiques. Les communistes, les socialistes et de nombreux démocrates sont arrêtés. Pour eux, ce sont les prisons, les camps de concentration ou bien l’exil. Les organes de la police sont placés aux mains du RSHA, reliant police politique et celle de droit commun.
Photographie aérienne du camp de Dachau
©Wikimedia Commons
Hitler élimine également les oppositions à l’intérieur même du NSDAP. Lors de la « Nuit des Longs Couteaux » en juin 1934, plusieurs dirigeants des SA sont assassinés sur ordre d’Hitler, notamment Ernst Röhm. Cette opération renforce l’autorité personnelle du Führer, qui voyait en Röhm un potentiel contre-pouvoir. De même, l’armée et les milieux d’affaires apprécient, car Röhm voulait que les SA remplacent l’armée et aussi mener une politique hostile au capitalisme.
Après la mort du président Hindenburg en août 1934, Hitler cumule les fonctions de chancelier et de chef de l’État. Les soldats allemands prêtent désormais serment de fidélité directement à Hitler. Le culte de la personnalité devient omniprésent : affiches, films, cérémonies et rassemblements gigantesques glorifient le Führer comme le sauveur de l’Allemagne.
Le régime nazi contrôle également fortement la culture et les arts. Les œuvres considérées comme « dégénérées » sont interdites. De nombreux intellectuels, artistes et scientifiques fuient l’Allemagne. Les livres jugés contraires à l’idéologie nazie sont brûlés publiquement lors d’autodafés.
La propagande joue un rôle central dans le régime nazi. Elle est dirigée par Joseph Goebbels, ministre de la Propagande. La radio, le cinéma, la presse et l’école diffusent les idées nazies dans toute la société et avec succès, car loin de se contenter de films ouvertement propagandistes, le message est souvent plus subtil, par des comédies ou des films historiques. Les grands rassemblements de Nuremberg mettent en scène la puissance et l’unité du régime.
Ce sont aussi les lois de Nuremberg de 1935 qui légalisent l’exclusion des juifs de la vie économique, politique et sociale du pays. L’idéologie raciale constitue un élément fondamental du national-socialisme, qui affirme l’existence d’une prétendue « race aryenne » supérieure. Les Juifs sont présentés comme des ennemis de la nation allemande.
Scène du film Napola, où les jeunes Allemands sont accueillis dans une école d'élite, encadrée par des dignitaires et officiers nationaux-socialistes
Le régime cherche également à contrôler la jeunesse. Les enfants sont encadrés dans des organisations comme les Jeunesses hitlériennes pour les garçons ou le Bund Deutscher Mädel pour les filles. On y enseigne la discipline, le nationalisme et l’obéissance au Führer. L’école est profondément transformée : les programmes valorisent le racisme biologique, le militarisme et l’idéologie nationale-socialiste.
L’économie allemande est réorganisée sous contrôle de l’État. Hitler lance de grands travaux publics afin de réduire le chômage : construction d’autoroutes (les Autobahnen), développement des infrastructures et réarmement massif. La stabilisation de la situation politique, une politique de contrôle de changes avec le ministre Hjalmar Schacht encourage les investissements, tout comme la planification est mise en place.
Le chômage diminue fortement : il passe d’environ 6 millions de chômeurs en 1933 à moins d’un million en 1938, puis atteint le plein-emploi en 1939. De même, un Etat social sous contrôle de l’Etat garantit le début de loisirs publics et d’une société de consommation, du moins pour les classes moyennes.
Les Jeux olympiques de Berlin en 1936 sont un triomphe pour le régime, qui fait état de sa puissance retrouvée, donne l’image d’une nation unie, prospère et confiante, alors que les athlètes allemands triomphent pendant la compétition.
Caricature britannique dénonçant la participation des Occidentaux aux JO de Berlin
©Wikimedia Commons
Les persécutions antisémites s’aggravent encore avec les années. Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 a lieu la Nuit de Cristal. Des synagogues sont incendiées, des magasins juifs détruits et des milliers de Juifs arrêtés. Cet événement marque une étape majeure dans la radicalisation antisémite du régime, il choque toutefois l’opinion publique des démocraties libérales.
C. L’expansion de l'Allemagne, 1933-1939
Dès son arrivée au pouvoir en 1933, Adolf Hitler remet en cause l’ordre européen issu du traité de Versailles. Son objectif est de restaurer la puissance allemande, d’agrandir le territoire du Reich et de rassembler tous les peuples germanophones dans un même État, en droite ligne de Mein Kampf. Il annonce clairement ses buts à ses généraux : la cible prioritaire est l’URSS, associée au « judéo-bolchevisme » dont il faut conquérir le territoire et réduire le peuple en esclavage. Pour cela, il est nécessaire de neutraliser la France à l’Ouest et de faire du Royaume-Uni un allié. D’ailleurs, Hitler prévoie sur le long terme que l’Allemagne affrontera les Etats-Unis pour la suprématie mondiale.
L’Allemagne commence par sortir de la Société des Nations en 1933 afin de s’affranchir des contraintes internationales. Hitler lance ensuite un vaste programme de réarmement interdit par le traité de Versailles. En 1935, il rétablit le service militaire obligatoire et développe rapidement l’armée allemande. Les effectifs de la Wehrmacht augmentent considérablement tandis que l’industrie d’armement produit chars, avions et navires de guerre modernes. En quelques années, l’Allemagne devient l’une des principales puissances militaires européennes. Grâce à un traité naval avec Londres en 1935, il relance la marine de guerre allemande.
En mars 1936, Hitler remilitarise la Rhénanie, région frontalière de la France qui devait rester démilitarisée selon le traité de Versailles. Cette décision constitue un risque important car l’armée allemande n’est pas encore prête à affronter une guerre contre la France. Pourtant, les démocraties occidentales ne réagissent pas militairement, traumatisées par les pertes de la première guerre mondiale.
L’Allemagne poursuit ensuite son expansion territoriale. En mars 1938 a lieu l’Anschluss : l’Autriche est annexée au Reich allemand sous les acclamations d’une partie importante de la population autrichienne. Hitler réalise ainsi le projet d’union entre l’Allemagne et l’Autriche interdit depuis 1919.
Bulletin de vote appelant les Autrichiens à approuver l'Anschluss
©Wikimedia Commons
Quelques mois plus tard, Hitler revendique les Sudètes, région de Tchécoslovaquie peuplée de germanophones. Lors de la conférence de Munich en septembre 1938, le Royaume-Uni et la France acceptent finalement l’annexion des Sudètes afin d’éviter une guerre. Cette politique d’« apaisement » menée notamment par Neville Chamberlain repose sur l’idée qu’Hitler se satisfera de ces gains territoriaux.
Cependant, en mars 1939, l’Allemagne occupe le reste de la Tchécoslovaquie, montrant clairement que les ambitions hitlériennes dépassent le simple rassemblement des populations germanophones. Dans le même temps, l’Allemagne renforce son alliance avec l’Italie fasciste et accélère encore son réarmement. La France et le Royaume-Uni affirment à la Pologne qu'ils la soutiendront si elle est attaquée.
🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
IV. Le choc des grandes puissances: la guerre d’Espagne, 1936-1939
🪶CITATION A RETENIR:
Viva la Muerte!
No pasaran!
A. L'Espagne en 1936, un pays au bord du précipice
Au début des années 1930, l’Espagne traverse une période de fortes tensions politiques et sociales. Depuis le 19e siècle, le pays est marqué par de profondes inégalités économiques. Une grande partie des terres appartient à quelques riches propriétaires tandis que de nombreux paysans vivent dans la pauvreté, surtout en Andalousie ou en Murcie. L’industrialisation reste limitée et les ouvriers urbains connaissent des conditions de vie difficiles.
Le roi d'Espagne Alphonse XIII
©Wikimedia Commons
Miguel Primo de Riveira
©Wikimedia Commons
En 1931, la monarchie du roi Alphonse XIII s’effondre après des élections municipales défavorables. La Seconde République espagnole est proclamée. Le nouveau régime souhaite moderniser profondément le pays. Les gouvernements républicains lancent plusieurs réformes : réduction du pouvoir de l’Église catholique, réforme agraire, développement de l’école publique et diminution de l’influence de l’armée dans la vie politique.
Le drapeau républicain
©Wikimedia Commons
Cependant, ces réformes divisent fortement la société espagnole. Les conservateurs, les grands propriétaires, une partie de l’armée et l’Église catholique s’opposent violemment à la République. Les carlistes (catholiques traditionnalistes) en Navarre et les phalangistes (fondés par Jose Antonio Primo de Riveira, inspirés du fascisme) sont prêts à agir militairement contre la démocratie libérale. À gauche, certains mouvements anarchistes (CNT) et communistes (POUM en Catalogne) jugent les réformes trop lentes et réclament des transformations plus radicales.
Le drapeau de la Fédération Anarchiste Ibérique
©Wikimedia Commons
Défilé de militantes du POUM, un mouvement communiste
©Wikimedia Commons
Le drapeau des carlistes
©Wikimedia Commons
Rassemblement de militants fascistes
©Wikimedia Commons
Le climat politique devient extrêmement tendu, car le système parlementaire n’est pas accepté par les partis. Les violences politiques se multiplient : attentats, grèves, affrontements entre militants de droite et de gauche. La haine violente de l’Eglise catholique est très forte parmi les anarchistes et communistes, alors que les propriétaires terriens n’hésitent pas à payer des hommes de main pour terroriser les ouvriers. En 1934, une insurrection ouvrière anarchiste éclate dans les Asturies et est réprimée brutalement par l’armée dirigée notamment par le général Francisco Franco, un officier qui s’était illustré au combat au Maroc.
Révolutionnaires de 1934 arrêtés par la garde civile
©Wikimedia Commons
En février 1936, une coalition de gauche appelée Front populaire remporte les élections législatives. Cette victoire inquiète profondément les milieux conservateurs qui craignent une révolution communiste comparable à celle de la Russie bolchevique. Une partie de l’armée prépare alors un soulèvement contre la République, notamment les généraux Sanjurjo, Mola et Franco.
Ainsi, à la veille de la guerre civile, l’Espagne apparaît comme un pays profondément divisé entre révolution sociale et réaction conservatrice.
Le général Mola
© CC0 Jalon Angel
Le général Sanjurjo
© CC0 Biblioteca Virtual de Defensa
Le général Franco
©CC0 Jalón Ángel - Biblioteca Virtual de Defensa
B. Un conflit espagnol
Le 17 juillet 1936, une partie de l’armée espagnole se soulève contre la République. Le coup d’État militaire débute au Maroc espagnol avant de s’étendre rapidement à la péninsule. Les insurgés, appelés « nationalistes », sont dirigés progressivement par Franco, après les décès de Mola et Sanjurjo.
Le coup d'Etat à Salamanque, dans le film Mientras dure la guerra
Cependant, le coup d’État échoue dans plusieurs grandes villes comme Madrid, Barcelone ou Valence. L’Espagne se retrouve alors divisée en deux camps : les républicains fidèles au gouvernement et les nationalistes dirigés par Franco.
Le camp républicain rassemble des groupes très divers : républicains modérés, socialistes, communistes, anarchistes et militants internationalistes. Cette diversité provoque parfois des tensions internes importantes. Dans certaines régions, notamment en Catalogne, des révolutionnaires collectivisent des usines et des terres agricoles.
Les soldats nationalistes récitant l'hymne national (dont les paroles ne sont pas connues de tous, seulement la mélodie) dans le film Mientras dure la guerra
Le camp nationaliste regroupe quant à lui les conservateurs, les monarchistes, les catholiques traditionalistes et les fascistes espagnols de la Phalange. Franco impose progressivement son autorité sur l’ensemble des nationalistes et développe un régime autoritaire fondé sur le nationalisme, l’armée et la religion catholique. Le parti unique est fondé en 1937, fusionnant carlistes et phalangistes.
La guerre civile est extrêmement violente. Les deux camps pratiquent exécutions sommaires, répression politique et massacres de civils. On estime qu’environ 500 000 personnes meurent durant le conflit. Les nationalistes organisent une « terreur blanche » contre les militants de gauche tandis que la « terreur rouge » éclate dans certaines zones républicaines.
Anarchistes fusillant une statue du Christ, annonçant les nombreuses tueries contre les membres du clergé
©Wikimedia Commons
Civils fusillés par les nationalistes en Galice
©Wikimedia Commons
Madrid devient un symbole de la résistance républicaine. La ville subit un long siège à partir de 1936 mais résiste pendant près de trois ans, le slogan "no pasaran" devient emblématique de l'antifascisme.
Un chant populaire républicain, aussi connu par son refrain "Ay Carmela"
Dolores Ibarruri, "La Pasionaria", connue pour le slogan "no pasaran" exhortant à la radio les Espagnols à se battre pour la république...mais appelant aussi à des exécutions contre leurs adversaires civils
©Wikimedia Commons
Les combats sont particulièrement meurtriers lors des batailles de Jarama, Guadalajara ou de l’Èbre en 1938. Les nationalistes ont aussi leur symbole: la résistance de l'Alcazar de Tolède en 1936 face aux miliciens républicains.
Scène final du film Raza, où se réalise la victoire de 1939, après le sacrifice des personnages pour atteindre la victoire
Le scénario original a été écrit par Franco
Finalement, les nationalistes prennent progressivement l’avantage grâce à une meilleure organisation militaire et à l’aide étrangère. Barcelone tombe en janvier 1939 puis Madrid en mars. Franco proclame la victoire le 1er avril 1939 et établit une dictature qui durera jusqu’en 1975.
Communication radiophonique officielle annonçant la fin de la guerre, Burgos, 1er avril 1939
C. Un conflit européen
Bien qu’elle soit officiellement une guerre civile espagnole, la guerre d’Espagne devient rapidement un enjeu européen majeur. Le conflit oppose indirectement les grandes idéologies des années 1930 : fascisme, démocratie libérale et communisme.
Les régimes fascistes soutiennent activement Franco. L’Allemagne envoie la légion Condor avec des aviateurs de conseillers militaires. Cette aide permet à Hitler de tester de nouvelles armes et tactiques militaires. En avril 1937, la ville basque de Guernica est bombardée par l’aviation allemande, provoquant la mort de nombreux civils. Cet événement inspire le célèbre tableau Guernica de Pablo Picasso.
Guernica après le bombardement
©Wikimedia Commons
L’Italie fasciste de Benito Mussolini soutient également Franco en envoyant des dizaines de milliers de soldats, des avions et du matériel militaire. Cette assistance est décisive, même si les troupes italiennes ne s'illustrent pas, vaincues à la Guadalajara.
Face à cette aide fasciste, l’Union des républiques socialistes soviétiques soutient la République espagnole en fournissant armes, chars et conseillers militaires. Les communistes gagnent ainsi une influence importante dans le camp républicain... et en profitent pour purger les opposants républicains.
Des milliers de volontaires étrangers rejoignent également les Brigades internationales afin de combattre le fascisme. Environ 35 000 volontaires venus de plus de 50 pays participent au conflit, parmi lesquels des Français, des Allemands antifascistes, des Italiens ou des Américains.
La France et le Royaume-Uni choisissent officiellement une politique de non-intervention afin d’éviter un conflit européen généralisé. Cependant, cette neutralité favorise indirectement Franco car l'aide militaire fasciste lui est quand même remise.
Ainsi, Mussolini affirme dans un discours "La parola d'ordine dei rossi era questa "no pasaran", siamo passati! E vi dico che passeremo!!!" "Le mot d'ordre des rouges était "no pasaran", et bien nous sommes passés! Et je vous dis que nous passerons"
🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
CHRONOLOGIE DES PRINCIPALES DATES DU CHAPITRE