🔎LES NOTIONS CLÉS A RETENIR POUR LE CHAPITRE
Crise spĂ©culative: effondrement brutal des prix après une pĂ©riode de hausse artificielle alimentĂ©e par la spĂ©culation. Les investisseurs achètent massivement des actions ou des biens dans l’espoir de les revendre plus cher, crĂ©ant une instabilitĂ© financière importante.Â
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Bulle financière: hausse excessive et artificielle du prix d’un actif (actions, immobilier, etc.) sans rapport avec sa valeur rĂ©elle. Lorsque la confiance disparaĂ®t, les prix s’effondrent brutalement, provoquant une crise Ă©conomique.Â
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Déflation: baisse générale des prix et des salaires dans une économie. Dans les années 1930, elle aggrave la crise car les entreprises produisent moins, licencient davantage et les consommateurs réduisent leurs achats.
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Tarif douanier: taxe imposée sur les produits importés depuis l’étranger. Durant les années 1930, de nombreux États augmentent leurs tarifs douaniers pour protéger leur économie, ce qui ralentit fortement le commerce mondial.
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Ligue: mouvement politique hostile à la démocratie parlementaire et influencé par les modèles autoritaires des années 1930.
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Planification: organisation de l’économie dans laquelle l’État fixe des objectifs de production et d’investissement.
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KeynĂ©sianisme: thĂ©orie Ă©conomique dĂ©veloppĂ©e par John Maynard Keynes. Elle affirme que l’État doit intervenir dans l’économie, notamment par les dĂ©penses publiques, afin de relancer la consommation et lutter contre le chĂ´mage.Â
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Laissez-faire: une doctrine Ă©conomique libĂ©rale selon laquelle l’État doit intervenir le moins possible dans l’économie. Avant la crise de 1929, cette idĂ©e domine largement aux États-Unis.Â
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🏛️LES PERSONNAGES LES PLUS IMPORTANTS
PrĂ©sident des États-Unis de 1933 Ă 1945, Roosevelt met en place le New Deal pour lutter contre la crise Ă©conomique de 1929 grâce Ă une forte intervention de l’État. Il dirige Ă©galement les États-Unis durant une grande partie de la Seconde Guerre mondiale.Â
PrĂ©sident amĂ©ricain de 1929 Ă 1933, Hoover est au pouvoir lors du krach de Wall Street et du dĂ©but de la Grande DĂ©pression. CritiquĂ© pour son intervention jugĂ©e insuffisante face Ă la crise, il est battu par Roosevelt en 1932.Â
Chef de la SFIO socialiste, LĂ©on Blum devient prĂ©sident du Conseil en 1936 Ă la tĂŞte du Front populaire. Son gouvernement adopte d’importantes rĂ©formes sociales comme les congĂ©s payĂ©s et la semaine de 40 heures.Â
Homme politique radical, Daladier dirige plusieurs gouvernements sous la IIIe RĂ©publique. PrĂ©sident du Conseil en 1938, il signe les accords de Munich avec Hitler avant d’engager la France dans la Seconde Guerre mondiale en 1939.Â
Dirigeant du Parti communiste français Ă partir des annĂ©es 1930, Maurice Thorez soutient le Front populaire puis joue un rĂ´le important dans la vie politique française après 1945.Â
Ancien officier et chef de la ligue des Croix-de-Feu dans les annĂ©es 1930, François de La Rocque reprĂ©sente une droite nationaliste et autoritaire. Son mouvement rassemble plusieurs centaines de milliers de membres avant la Seconde Guerre mondiale.Â
I.Les origines de la criseÂ
🪶CITATION A RETENIR:Â
Herbert Hoover, "Avec le crash survenu 6 mois plus tôt, je suis convaincu que nous avons vécu le pire", Discours tenu en mai 1930.
A. L’économie amĂ©ricaine et la crĂ©ation d’une bulle financièreÂ
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les États-Unis deviennent la première puissance Ă©conomique mondiale. Leur industrie est intacte contrairement Ă celle des pays europĂ©ens ravagĂ©s par la guerre.Â
Durant les années 1920, souvent appelées les "Roaring Twenties" ("années folles"), l’économie américaine connaît une croissance spectaculaire. Entre 1921 et 1929, la production industrielle augmente d’environ 70 %. Les États-Unis produisent alors près de la moitié des biens industriels mondiaux.
Des joueurs de jazz
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Cette prospĂ©ritĂ© repose sur plusieurs facteurs. Les innovations techniques se multiplient : gĂ©nĂ©ralisation de l’électricitĂ©, diffusion du tĂ©lĂ©phone, dĂ©veloppement de l’automobile et des appareils Ă©lectromĂ©nagers.Â
Henry Ford révolutionne la production automobile grâce au travail à la chaîne et au fordisme, bien que son modèle ne soit pas appliqué à toutes les industries. La production de voitures passe d’environ 2 millions en 1920 à plus de 5 millions par an à la fin des années 1920. En 1929, les États-Unis comptent près de 26 millions d’automobiles, soit environ une voiture pour cinq habitants.
Les usines Ford à Détroit
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Henry Ford, industriel et modèle du "self-made-man"
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La Ford T
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La consommation de masse devient un élément central de l’économie américaine. Les grands magasins, la publicité et le crédit à la consommation se développent rapidement. De nombreux Américains achètent désormais des voitures, des radios ou des réfrigérateurs à crédit. Les banques prêtent facilement de l’argent, ce qui stimule artificiellement la demande.
Une scène de la série Babylon Berlin. En Allemagne, en 1929, un conseiller bancaire passe au sein des ménages ayant investi en bourse à partir de l'endettement
Cependant, cette prospérité masque plusieurs fragilités importantes. Les inégalités sociales restent très fortes : en 1929, environ 5 % des Américains possèdent plus du tiers des richesses du pays. Les agriculteurs connaissent aussi des difficultés croissantes. Pendant la guerre, ils avaient augmenté leur production pour nourrir l’Europe, mais après 1918 la demande baisse fortement. Les prix agricoles chutent et de nombreux fermiers s’endettent.
Le secteur financier connaĂ®t Ă©galement une expansion incontrĂ´lĂ©e. La Bourse de New York devient le symbole de cette prospĂ©ritĂ© apparente. Des millions d’AmĂ©ricains investissent dans les actions, convaincus que les cours continueront Ă monter indĂ©finiment.Â
Entre 1924 et 1929, l’indice Dow Jones est multiplié par plus de trois. Beaucoup d’investisseurs achètent des actions « à crédit » grâce au système du buying on margin : ils ne paient qu’une petite partie de l’action et empruntent le reste aux banques.
Un livre de l'écrivain Francis Scott Fitzgerald, qui décrit les années folles du point de vue des élites du sud des Etats-Unis
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Cette spéculation crée progressivement une véritable bulle financière. Les prix des actions augmentent beaucoup plus vite que les profits réels des entreprises. Certains économistes commencent à s’inquiéter de cette situation, mais la plupart des Américains restent confiants. En 1929, le président Herbert Hoover affirme encore que la prospérité américaine est durable. Un républicain, il affirme que "la prospérité est au coin de la rue".
Herbert Hoover, président des Etats-Unis de 1928 à 1932
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Une scène de la série Babylon Berlin, illustrant les danses modernes au cabaret
Ainsi, à la veille du krach, l’économie américaine semble extrêmement puissante mais repose en réalité sur des bases fragiles : surproduction industrielle, inégalités sociales, endettement massif et spéculation boursière.
B. Octobre 1929: l’éclosion de la crise et ses consĂ©quences immĂ©diatesÂ
La crise éclate brutalement à l’automne 1929. Dès septembre, certains investisseurs commencent à vendre leurs actions par crainte d’un ralentissement économique. La confiance s’effondre rapidement. Le jeudi 24 octobre 1929, appelé le "Jeudi noir", près de 13 millions d’actions sont mises en vente à la Bourse de New York. Les cours s’effondrent brutalement dans un climat de panique.
Une scène de la série Babylon Berlin, où le crash vient de se diffuser à la bourse de Berlin
Après un léger répit, la catastrophe s’aggrave le mardi 29 octobre 1929, le "Mardi noir". Ce jour-là , plus de 16 millions d’actions sont vendues. Des fortunes disparaissent en quelques heures. Les investisseurs ruinés ne peuvent plus rembourser leurs emprunts aux banques. Entre septembre et novembre 1929, la valeur totale des actions américaines chute d’environ 40 milliards de dollars.
La panique devant la bourse de New York, 29 octobre 1929
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Le krach boursier provoque rapidement une crise bancaire. Des milliers de banques américaines avaient investi l’argent de leurs clients en Bourse ou accordé des prêts risqués. Lorsque les investisseurs ne peuvent plus rembourser, les banques font faillite. Entre 1929 et 1933, environ 9 000 banques américaines ferment. Les épargnants perdent leurs économies et la confiance dans le système financier s’effondre.
Des chômeurs américains devant une soupe populaire
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L’économie réelle est à son tour gravement touchée. Les entreprises réduisent leur production et licencient massivement. La production industrielle américaine chute de près de 50 % entre 1929 et 1933. Le chômage explose : il passe d’environ 1,5 million de chômeurs en 1929 à près de 13 millions en 1933, soit environ un quart de la population active américaine.
La misère progresse rapidement dans les villes. De nombreux Américains perdent leur emploi, leur maison et parfois leurs économies. Des bidonvilles apparaissent à la périphérie des grandes villes ; on les surnomme les "Hoovervilles" en référence au président Hoover, accusé d’inaction. Des milliers de familles vivent dans des baraques de fortune faites de cartons ou de matériaux récupérés.
Un exemple d'Hooverville
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Les campagnes sont également touchées. Les prix agricoles s’effondrent encore davantage et de nombreux fermiers ruinés doivent abandonner leurs terres. Dans les Grandes Plaines, une catastrophe écologique appelée le Dust Bowl aggrave la situation dans les années 1930 : sécheresse et tempêtes de poussière détruisent des milliers d’exploitations agricoles. Des centaines de milliers de paysans migrent alors vers la Californie, phénomène décrit dans Les raisins de la colère d'Ernest Hemingway.
Un nuage du Dust Bowl au Nouveau-Mexique, 1935
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Face à la crise, le président Hoover reste d’abord attaché au libéralisme économique classique et intervient peu, pensant que la "main invisible du marché" pourra résorber d'elle-même la crise. Mais cette politique est largement critiquée. En 1932, Franklin Delano Roosevelt, un démocrate, est élu président avec la promesse du "New Deal", vaste programme de réformes destiné à relancer l’économie et aider les populations touchées par la crise.
Franklin Delano Roosevelt, sa fille et son épouse, en campagne électorale
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C. Les conséquences mondiales: l'extension en Amérique du Sud
La crise de 1929 ne reste pas limitée aux États-Unis. En raison de l’importance de l’économie américaine dans le commerce mondial, elle se diffuse rapidement à l’ensemble de la planète. Les banques américaines rapatrient leurs capitaux investis à l’étranger et réduisent brutalement leurs prêts. De même, les tarifs douaniers Hawley-Smoot aux Etats-Unis imposent des droits de douanes conséquents sur les marchandises importées, ce qui déstabilise encore davantage le commerce international, et celui-ci s'effondre. Entre 1929 et 1933, il diminue d’environ des deux tiers.
L’Europe est particulièrement touchée. L’Allemagne, qui dépend fortement des prêts américains depuis le plan Dawes de 1924, subit une crise très grave. Le chômage y atteint environ 6 millions de personnes en 1932. Cette situation favorise la montée des extrémismes politiques, notamment du NSDAP de Adolf Hitler.
La crise se propage aussi fortement en Amérique du Sud. Depuis la fin du XIXe siècle, de nombreux pays latino-américains exportent principalement des matières premières et des produits agricoles vers les États-Unis et l’Europe : café brésilien, viande argentine, cuivre chilien ou sucre cubain. Lorsque la demande mondiale chute après 1929, les prix de ces produits s’effondrent brutalement.
Au Brésil, le prix du café chute de près de 60 %. Or le café représente alors environ 70 % des exportations du pays. Le gouvernement brésilien tente de limiter la crise en détruisant des stocks entiers de café afin de soutenir les prix : des millions de sacs sont brûlés ou jetés à la mer.
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Au Chili, les exportations de nitrate et de cuivre s’effondrent, provoquant chômage et pauvreté. En Argentine, la baisse des exportations agricoles entraîne une crise économique majeure qui fragilise le régime politique.
Face à cette dépendance au commerce mondial, plusieurs États latino-américains changent progressivement de stratégie économique. Ils développent une politique d’industrialisation par substitution aux importations : au lieu d’acheter des produits manufacturés étrangers, ils cherchent à produire eux-mêmes des biens industriels. Des industries nationales se développent alors au Brésil, en Argentine ou au Mexique.
La crise économique favorise également des bouleversements politiques. Dans plusieurs pays d’Amérique latine apparaissent des régimes autoritaires ou populistes promettant davantage d’intervention de l’État dans l’économie. Au Brésil, Getúlio Vargas prend le pouvoir en 1930 et engage une politique nationaliste et industrielle.
Coup d'Etat en Argentine, 1930
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Coup d'Etat de Vargas, 1930. Il est au centre de l'image
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🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
Les années 1920 sont les "Années folles"
L'essor économique et industriel est alimenté par la surproduction, une bulle spéculative se forme
Du 24 au 29 octobre, la crise éclate, les actions de la bourse de Wall Street s'effondrent
Le président Hoover croit au laissez-faire, il n'intervient pas mais déstabilise le commerce extérieur par les tarifs protectionnistes
La crise s'étend à l'échelle mondiale
En Amérique latine, elle provoque instabilité et coups d'Etats
II. Repenser les modèles économiques
🪶CITATION A RETENIR:Â
"Stavisky s'est suicidé d'une balle tirée à 3 mètres. Voilà ce que c'est que d'avoir le bras long", Article du Canard Enchainé, janvier 1934, ironisant sur les circonstances douteuses de la mort de Stavisky.
"Le pain, la paix, la liberté", Slogan du Front Populaire.
A. Le New Deal aux Etats-Unis
Lorsque Franklin Delano Roosevelt devient président des États-Unis en mars 1933, le pays traverse une situation dramatique. Roosevelt promet alors un vaste programme de réformes appelé le "New Deal" ("Nouvelle Donne") afin de relancer l’économie et restaurer la confiance.
Dès les premiers mois de sa présidence, Roosevelt intervient massivement dans l’économie, rompant avec le libéralisme traditionnel américain. Il ferme temporairement les banques afin d’éviter de nouvelles faillites puis fait voter l’Emergency Banking Act pour stabiliser le système bancaire. En quelques jours, la confiance revient progressivement et les dépôts reprennent. L’État fédéral commence également à contrôler davantage les marchés financiers avec la création de la Securities and Exchange Commission (SEC) en 1934 afin de limiter la spéculation boursière.
Quelques artisans de l'Etat américain sous la présidence Roosevelt
Fiorello La Guardia, maire de New-York de 1934 Ă 1946
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Eleanor Roosevelt, femme de FDR et symbole des causes progressistes
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Henry Morgenthau, secrétaire au Trésor de 1934 à 1945
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Herbert Hoover, dirigeant du FBI depuis 1927
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Le New Deal repose aussi sur de grands travaux destinés à réduire le chômage. Des millions d’Américains sont employés dans la construction de routes, ponts, barrages, écoles ou bâtiments publics. La Public Works Administration (PWA) et la Works Progress Administration (WPA) financent ces projets gigantesques. Entre 1935 et 1943, la WPA emploie environ 8,5 millions de personnes. Le Tennessee Valley Authority (TVA) constitue l’un des projets les plus célèbres : cette agence publique construit des barrages hydroélectriques dans une région rurale pauvre du sud-est des États-Unis, apportant électricité et modernisation.
Les travaux entrepris par la TVA
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Un autre organisme, la WPA, ici Ă New-York
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Le gouvernement tente aussi de soutenir les agriculteurs. L’Agricultural Adjustment Act (AAA) encourage les fermiers à réduire leur production afin de faire remonter les prix agricoles. Certaines cultures sont détruites volontairement pour limiter la surproduction. Cette politique reste cependant controversée alors que de nombreux Américains souffrent de la faim.
Le New Deal transforme également les relations sociales. En 1935, le Wagner Act reconnaît davantage les droits syndicaux et favorise le développement des syndicats industriels. Les grèves augmentent fortement dans les grandes usines automobiles ou sidérurgiques. Roosevelt met aussi en place les premières grandes mesures de protection sociale américaines avec le Social Security Act de 1935 : retraites, aides aux chômeurs et assistance aux plus pauvres.
L'optimisme suscité par le New Deal, l'exemple du film: Mr Smith goes to Washington, de Frank Capra, où un politicien idéaliste réussit à se faire entendre au Sénat
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L'adaptation en film des Raisins de la colère, avec une note optimiste et mettant en valeur le New Deal
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MalgrĂ© ces rĂ©formes, le New Deal ne fait pas totalement disparaĂ®tre le chĂ´mage. En 1939, près de 9 millions d’AmĂ©ricains restent encore sans emploi. Cependant, il limite les effets de la crise et transforme durablement le rĂ´le de l’État fĂ©dĂ©ral dans l’économie.Â
La véritable sortie de crise intervient surtout avec la mobilisation industrielle liée à la Seconde Guerre mondiale.
B. La France des années 1930, le marasme économique
La France semble d’abord moins touchée par la crise de 1929 que les États-Unis ou l’Allemagne. Son économie reste encore largement rurale et moins dépendante des marchés financiers internationaux. Cependant, à partir de 1931, la crise atteint pleinement le pays. Les exportations diminuent fortement et de nombreuses entreprises réduisent leur production.
Une représentation de l'exposition coloniale de Vincennes, 1931, faisant l'apologie de l'Empire colonial
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L’industrie française connaît un important ralentissement. La production industrielle baisse d’environ 30 % entre 1930 et 1935. Les secteurs du textile, de la métallurgie et de l’automobile sont particulièrement touchés. Des entreprises ferment ou licencient massivement. Le chômage progresse rapidement : on compte environ 500 000 chômeurs en 1932 puis près d’un million en 1935, même si les statistiques de l’époque restent imprécises.
Les campagnes souffrent également. Les prix agricoles chutent fortement, ce qui réduit les revenus des paysans. De nombreux petits exploitants s’endettent. La consommation ralentit et le pouvoir d’achat baisse dans l’ensemble du pays.
Un extrait du film de propagande "La vie est à nous", réalisé par Jean Renoir, pour le compte du parti communiste, 1936
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Face à la crise, les gouvernements français réagissent difficilement. Entre 1929 et 1935, la IIIe République connaît une grande instabilité politique : plus de dix gouvernements se succèdent en quelques années. Beaucoup de dirigeants restent attachés à des politiques économiques traditionnelles fondées sur la réduction des dépenses publiques et la défense du franc. La tentative de Pierre-Laval de gouverner par décrets-lois en 1935, avec une politique de déflation (baisse des salaires des fonctionnaires et des prix) échoue comme les autres mesures libérales traditionnelles.
Une caricature antiparlementaire
© CC0 Collections La Contemporaine, NanterreÂ
La crise économique nourrit aussi les tensions sociales et politiques. Les mouvements antilibéraux progressent en dénonçant la faiblesse du régime parlementaire. Des ligues nationalistes et antiparlementaires comme les Croix-de-Feu du colonel de la Rocque, les Jeunesses patriotes ou l’Action française attirent de nombreux militants. Certaines admirent les régimes autoritaires installés en Italie ou en Allemagne. Les Croix-de-Feu souhaitent seulement un régime avec un pouvoir exécutif fort, capable d'imposer sa volonté au parlement.
L’affaire Stavisky aggrave encore la crise politique. En 1934, ce scandale financier impliquant un escroc liĂ© Ă certains hommes politiques provoque une immense indignation. Le "suicide" suspect de Stavisky lors de l'opĂ©ration policière devant l'arrĂŞter renforce cette colère.Â
Le portrait d'Alexandre Stavisky, la photo employée pour rester inaperçu dans ses cavales
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Le 6 février 1934, des manifestations organisées par les ligues dégénèrent en émeutes devant l’Assemblée nationale à Paris. Les affrontements avec la police font une quinzaine de morts et des centaines de blessés. Une partie de la gauche voit dans ces événements une tentative de coup de force fasciste. Ce n'était pas le cas, les évènements n'étaient pas organisés en amont pour prendre le pouvoir (ce que regrettèrent certains fascistes comme Rebatet), mais pour la gauche, le danger est réel.
Les manifestants des ligues le 6 février 1934
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Cette menace pousse les partis de gauche Ă se rapprocher progressivement. Les socialistes de la SFIO, les radicaux et les communistes commencent Ă former une alliance antifasciste qui donnera naissance au Front populaire.
Le rassemblement commun des militants de gauche, 14 juillet 1935, Paris
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C. Le Front Populaire, 1936
Le Front populaire naît de l’union des partis de gauche, inquiets par les évènements du 6 février 1934 Il rassemble principalement la SFIO socialiste dirigée par Léon Blum, les radicaux et le Parti communiste français (PCF) qui soutient le mouvement sans participer directement au gouvernement. Staline a donné son accord pour cette alliance.
Lors des élections législatives de mai 1936, le Front populaire remporte la victoire avec près de 60% des voix. Léon Blum devient alors le premier chef de gouvernement socialiste – et juif – de l’histoire de la IIIe République. Cette victoire provoque un immense espoir dans le monde ouvrier. Dès le mois de mai, une vague de grèves éclate dans tout le pays : près de deux millions de travailleurs occupent les usines dans une ambiance souvent festive. Les ouvriers réclament de meilleurs salaires, des conventions collectives et davantage de droits sociaux.
Les principaux leaders du Front Populaire, de gauche à droite: Léon Blum (SFIO), Maurice Thoez (PCF), Roger Salengro (SFIO) et Maurice Viollette (1936)
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Pour mettre fin au mouvement, les accords Matignon sont signés dans la nuit du 7 au 8 juin 1936 entre le gouvernement, le patronat et les syndicats. Ces accords constituent une avancée sociale majeure. Les salaires augmentent en moyenne de 7 à 15% et les conventions collectives se généralisent. Dans le même temps, il calme les tensions et les syndicats encouragent le retour au travail, en lien avec le gouvernement.
Le gouvernement Blum fait ensuite voter plusieurs grandes réformes sociales. La semaine de travail passe de 48 à 40 heures sans baisse de salaire. Deux semaines de congés payés sont instaurées pour tous les salariés. Pour la première fois, des millions d’ouvriers partent en vacances : des images célèbres montrent les départs vers les plages ou les campagnes durant l’été 1936. Le Front populaire développe également les loisirs populaires avec les auberges de jeunesse, le sport ou les activités culturelles, sous l’impulsion de Léo Lagrange.
Cependant, le gouvernement rencontre rapidement des difficultés économiques. Les hausses de salaires stimulent la consommation mais les entreprises dénoncent l’augmentation des coûts de production. Certains patrons et investisseurs perdent confiance et retirent leurs capitaux de France. L’inflation progresse et le chômage ne disparaît pas. De même, les petites et moyennes entreprises sont davantage touchées. Enfin, la dévaluation du franc encourage les exportations mais mécontente les épargnants.
Une affiche opposée au Front Populaire, illustrant les inquiétudes de la droite: le Front populaire serait en secret dominé par l'URSS, par l'intermédiaire du PCF, qui fait partie du Komintern (organisation internationale dirigée par Moscou)
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La situation internationale complique aussi l’action du Front populaire. En Espagne, la guerre civile éclate en 1936 entre républicains et nationalistes dirigés par Francisco Franco. Léon Blum choisit officiellement la non-intervention afin d’éviter un conflit européen, ce qui déçoit une partie de la gauche française.
Affaibli par les difficultés économiques et les divisions politiques, le Front populaire perd progressivement son soutien. Léon Blum est remercié en 1937, revient brièvement au pouvoir en 1938 mais finalement le radical Daladier le remplace et revient partiellement sur certaines réformes sociales (notamment les 40 heures).
Un aspect aussi essentiel du Front Populaire est sa relance de l’industrie d’armement, poursuivie par Daladier, après plusieurs années de désintérêt pour l’armée par les gouvernements français successifs.
🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
Le New Deal constitue la réponse du président Roosevelt à la crise économique
Le New Deal diminue le chômage, ramène une confiance dans les banques
Cependant, le New Deal n'efface pas la crise économique, résorbée seulement à partir de 1939 et les commandes d'armement
La France est instable dans les années 1930
Le 6 février 1934, une manifestation des ligues a lieu et est violente
Le Front populaire est l'union des partis de gauche, pour former un gouvernement dirigé par Léon Blum
Le Front populaire échoue en 1938
CHRONOLOGIE DES PRINCIPALES DATES DU CHAPITREÂ
24 octobre 1929: Jeudi noir
29 octobre 1929: Mardi noir
1932: élection de Franklin Delano Roosevelt
6 février 1934: manifestation des ligues à Paris
Avril 1936: élection du Front populaire