INTRODUCTION
✒️DÉFINITION DES NOUVEAUX ESPACES DE CONQUÊTE
Les nouveaux espaces de conquête désignent les domaines extra-terrestres (espace extra-atmosphérique) et maritimes (mers et océans) qui échappent en partie à la souveraineté territoriale classique et deviennent des enjeux géopolitiques majeurs. Selon le droit international (Traité de l’espace 1967, Convention de Montego Bay 1982) et les sciences du système Terre, ces espaces sont des « communs » partagés ou à réguler : l’espace est res communis (patrimoine de l’humanité, non appropriable), tandis que les océans combinent zones de souveraineté (Eaux territoriales, ZEE jusqu’à 200 milles marins) et haute mer (liberté de navigation mais conservation des ressources).
🔎LES 10 NOTIONS CLES DU CHAPITRE
Course à l’espace : compétition technologique, militaire et symbolique pour la maîtrise de l’orbite terrestre, de la Lune et au-delà.
Zone économique exclusive (ZEE) : zone maritime jusqu’à 200 milles marins où l’État côtier exerce des droits souverains sur les ressources (Convention Montego Bay 1982).
Dissuasion nucléaire océanique : composante maritime de la dissuasion via DES sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), assurant une frappe de seconde frappe.
Forces de projection maritimes : capacités navales permettant de déployer sa puissance loin des côtes (porte-avions, SNLE, forces amphibies).
Station Spatiale Internationale (ISS) : laboratoire orbital multinational (1998-) symbole de coopération post-guerre froide.
Haute mer : espaces marins au-delà des ZEE, régis par la liberté de navigation mais avec obligations de conservation.
Ligne des neuf traits : revendication historique chinoise en mer de Chine méridionale, contestée internationalement.
Belt and Road Initiative (BRI) maritime : extension maritime de la Nouvelle Route de la Soie chinoise incluant ports, routes maritimes et infrastructures.
@European Parliament CC BY-NC-ND 2.0.
🪶LES CITATIONS A CONNAITRE POUR UNE BONNE COPIE
« Les Etats considèreront les astronautes comme les envoyés de l’humanité dans l’espace extra-atmosphérique »
– Déclaration des principes juridiques régissant les activités des États en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique (13 décembre 1963).
@Wikimedia Commons
« Celui qui commande la mer commande le commerce ; celui qui commande le commerce commande la richesse du monde, et par conséquent le monde lui-même. »
– Walter Raleigh, Officier britannique de marine des 16e et 17e siècles.
« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme. »
– Charles Baudelaire, L'homme et la mer
« L'exploration de l'espace ira de l'avant, que nous y participions ou non, et c'est l'une des grandes aventures de tous les temps, et aucune nation qui s'attend à être le leader d'autres nations ne peut espérer rester à la traîne dans la course à l'espace . »
– John Fitzgerald Kennedy, Discours à l'Université Rice, 1962.
🔎LE CANVA DE PRESENTATION📋
I. Les enjeux géopolitiques d’une conquête : la course à l’espace des années 1950 à l’arrivée de nouveaux acteurs
Problématique: Comment un espace sans frontières interétatiques est-il devenu enjeu de rivalités idéologiques, commerciales et de l'affirmation des grandes puissances?
A. La course à l’espace : un champ de rivalités pendant la guerre froide
La course à l’espace naît directement dans le contexte de la Guerre froide comme un prolongement majeur de la rivalité idéologique, militaire et technologique entre les deux superpuissances. Dès la fin des années 1940, États-Unis et Union soviétique récupèrent massivement les technologies allemandes issues du programme V2 de Wernher von Braun et démarrent des programmes balistiques intensifs.
@"'Sputnik 1957'; Jon Langford" by Goggins World is licensed under CC BY-NC-ND 2.0.
@"NASA Logo" by Nat W is licensed under CC BY-NC-SA 2.0.
Le lancement de Spoutnik 1 par l’URSS le 4 octobre 1957 provoque un véritable choc aux États-Unis : premier satellite artificiel en orbite, il entraîne une « crise du Spoutnik » qui bouleverse profondément la politique américaine en matière de recherche et d’enseignement scientifique. Cela s'ajoute au premier test réussi d'ICBM par les Soviétiques le 26 août 1957. En réponse, les États-Unis créent la NASA en 1958, lancent le programme Mercury puis Gemini, et s’engagent pleinement dans la course à la Lune avec le programme Apollo.
Un monument soviétique en hommage à la conquête spatiale.
@"Winners of the Space Race" by seafaringwoman is licensed under CC BY 2.0.
La compétition devient un formidable outil de propagande idéologique : chaque succès (Yuri Gagarine premier homme dans l’espace en avril 1961 pour l’URSS, Neil Armstrong posant le pied sur la Lune le 20 juillet 1969 pour les États-Unis) est présenté comme la preuve irréfutable de la supériorité du modèle communiste ou capitaliste. Les enjeux sont multiples et stratégiques : militaires (développement de missiles balistiques intercontinentaux, satellites de reconnaissance et de communication), scientifiques (recherche spatiale fondamentale) et symboliques (prestige national et légitimité idéologique).
FOCUS EXEMPLE 🌸
La coopération reste très limitée, même si la mission Apollo-Soyouz de 1975 marque un timide dégel diplomatique. Cette période illustre parfaitement comment la conquête sert à affirmer sa puissance sans confrontation directe sur le terrain terrestre, tout en accélérant considérablement les progrès technologiques des deux blocs. Elle révèle aussi les limites de la rivalité : elle pousse les États à investir massivement dans la recherche, mais elle consomme des ressources colossales au détriment d’autres priorités nationales et sociales.
CONCEPT CLE: La course à l’espace montre ainsi que la compétition technologique peut être un vecteur de puissance indirecte tout en posant les bases d’une militarisation progressive de l’orbite terrestre.
📝 POUR S'EN RAPPELER 🔎
B. De l’hégémonie américaine à l’arrivée de nouveaux acteurs étatiques
Après la fin de la Guerre froide et l’effondrement de l’URSS en 1991, les États-Unis exercent une hégémonie quasi-totale dans l’espace avec la navette spatiale, le développement de la Station Spatiale Internationale et des programmes militaires avancés (GPS, satellites de reconnaissance, armes antisatellites).
Yang Liwei, premier taïkonaute chinois
Cependant, dès les années 1990-2000, de nouveaux acteurs étatiques émergent rapidement et contestent cette domination. La Chine, après un programme modeste dans les années 1970, accélère fortement à partir de 1992 avec le programme Shenzhou : premier taïkonaute en 2003, premier alunissage en 2013 (Chang’e 3), et construction progressive de la station spatiale Tiangong.
L’Inde développe un programme spatial très efficace et économique via l’ISRO, avec des missions lunaires (Chandrayaan) et martiennes (Mangalyaan). L’Europe (via l’ESA) et le Japon (JAXA) renforcent leurs capacités avec des lanceurs fiables (Ariane, H-II). La Russie maintient une expertise reconnue grâce à Soyouz.
FOCUS EXEMPLE 🌸
Cette multipolarisation de l’espace modifie profondément les équilibres : la Chine devient le troisième pays capable d’opérer une station spatiale autonome, tandis que l’Inde et d’autres pays émergents proposent des lancements à bas coût. Les enjeux évoluent vers la militarisation croissante (tests d’armes antisatellites), l’exploitation des ressources lunaires et martiennes, et la compétition pour le contrôle des orbites basses.
Cette arrivée de nouveaux acteurs étatiques remet en cause l’hégémonie américaine tout en créant de nouvelles rivalités, mais aussi des opportunités de coopération sélective sur des projets scientifiques communs. Elle montre que la conquête spatiale n’est plus l’apanage des deux superpuissances de la Guerre froide, mais devient un champ multipolaire où la puissance technologique et scientifique détermine le rang international des États.
🔮 POUR VISUALISER 🔎
@ Institut Montaigne
C. L’essor du secteur privé dans la course à l’espace
Depuis les années 2010, le secteur privé transforme radicalement la dynamique de la conquête spatiale en introduisant des logiques commerciales, innovantes et concurrentielles. Des entreprises américaines comme SpaceX d’Elon Musk révolutionnent le secteur avec des lanceurs réutilisables (Falcon 9, puis Starship en développement), réduisant drastiquement les coûts de mise en orbite et permettant le déploiement de constellations massives comme Starlink (plus de 6 000 satellites opérationnels en 2026). Blue Origin de Jeff Bezos développe des projets suborbitaux et lunaires avec New Shepard et New Glenn. D’autres acteurs comme Rocket Lab (Nouvelle-Zélande) ou des start-ups européennes et chinoises émergent rapidement.
Le lancement d'un Falcon 9 de Space X
@"The SpaceX Falcon 9 Launches" by NASA Johnson is licensed under CC BY-NC 2.0.
Ce secteur privé collabore étroitement avec les agences étatiques (contrats NASA avec SpaceX pour le programme Artemis et les missions habitées vers la Lune), tout en poursuivant des objectifs purement commerciaux : tourisme spatial, fourniture de données, internet à haut débit mondial.
FOCUS EXEMPLE 🌸
L’essor du privé démocratise l’accès à l’espace, accélère considérablement l’innovation technologique et crée de nouveaux enjeux géopolitiques : nécessité de régulation internationale, risques de prolifération de débris orbitaux, militarisation indirecte via des technologies duales, et concurrence accrue avec les programmes étatiques traditionnels. Il renforce la puissance américaine tout en posant des questions fondamentales de souveraineté, de gouvernance globale de l’espace et d’équité entre États riches et pays en développement. Le secteur privé devient ainsi un acteur majeur de la nouvelle course à l’espace, transformant un domaine autrefois réservé aux États en un marché compétitif et stratégique.
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🧧A RETENIR DANS CETTE PARTIE POUR LE BAC !!!
La conquête spatiale débute dans le contexte de la Guerre froide entre États-Unis et URSS.
Le lancement de Spoutnik en 1957 marque le début de l’ère spatiale.
Les activités spatiales ont des usages à la fois civils et militaires.
De nouveaux acteurs étatiques émergent (Chine, Inde, Émirats arabes unis).
Les capacités spatiales restent concentrées entre un nombre limité de puissances.
II. Affirmer sa puissance à partir des mers et des océans : la dissuasion nucléaire et les forces de projection maritimes
Problématique: Comment la puissance navale s'affirme-t-elle aux XXe et XXIe siècles?
A. Contrôler les océans : un enjeu de puissance
Contrôler les océans reste, depuis les théories d’Alfred Thayer Mahan (amiral des Etats-Unis) à la fin du XIXe siècle, un enjeu majeur de puissance pour les États. Les mers et océans couvrent 71 % de la surface terrestre et concentrent plus de 80 % du commerce mondial par voie maritime.
Les forces navales permettent non seulement la projection de puissance militaire loin des côtes nationales, mais aussi le contrôle des détroits stratégiques (Ormuz, Malacca, Bab el-Mandeb), la protection des lignes d’approvisionnement vitales et l’influence politique régionale. Les porte-avions et groupes aéronavals constituent des outils de dissuasion et d’intervention rapide, tandis que les sous-marins assurent une présence discrète et permanente.
FOCUS EXEMPLE 🌸
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Les principaux "chokepoints" pétroliers mondiaux, avec le nombre de millions de barils de pétrole passant par ces voies chaque jour
@Statista
Les États-Unis maintiennent une supériorité historique avec onze porte-avions nucléaires et une flotte globale capable d’intervenir sur tous les théâtres. La Chine, dans le cadre de sa modernisation militaire, développe rapidement sa marine qui est devenue la deuxième mondiale en nombre de navires, avec trois porte-avions opérationnels ou en construction et une flotte de sous-marins en expansion. La maîtrise des océans combine donc des dimensions militaires (projection et dissuasion), économiques (sécurisation des routes commerciales) et politiques (influence et présence).
POUR REVISER AVEC LES RESEAUX SOCIAUX: LE COURS EN 1 MINUTE 🗝️
Dans un monde de plus en plus multipolaire, contrôler ou contester le contrôle des océans permet aux grandes puissances d’affirmer leur rang international tout en sécurisant leurs intérêts stratégiques et économiques à long terme. Les océans deviennent ainsi un espace de rivalité permanente où la puissance navale reste un facteur décisif de domination géopolitique.
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@ Carte extraite de l’ouvrage de P. Royer, "Géopolitique des mers et des océans" (coll. Major, PUF, 2012)
B. Le déploiement de la dissuasion nucléaire dans les espaces maritimes
La dissuasion nucléaire océanique repose principalement sur les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), qui offrent une capacité de seconde frappe crédible et redoutable grâce à leur discrétion acoustique et leur endurance en plongée. Six pays disposent aujourd’hui de cette composante : États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine et Inde. La France maintient une force océanique stratégique autonome et crédible avec quatre SNLE de la classe Le Triomphant basés à l’Île Longue en Bretagne, armés de missiles M51 à têtes nucléaires. Ces sous-marins assurent une permanence à la mer et une invulnérabilité relative face à une frappe désarmante.
FOCUS EXEMPLE 🌸
SNLE britannique Triumphant
La Chine développe activement sa flotte de SNLE (classe Type 094 puis 096) pour sécuriser ses intérêts stratégiques dans le Pacifique et l’océan Indien. Le déploiement maritime de la dissuasion nucléaire renforce considérablement la stabilité stratégique internationale en rendant extrêmement difficile, voire impossible, une attaque préventive réussie contre un État nucléaire. Il illustre comment les vastes espaces océaniques deviennent un théâtre discret mais décisif de la puissance, où la technologie, la discrétion et la permanence opérationnelle sont des atouts majeurs.
Cette dimension océanique de la dissuasion complète la triade nucléaire (terrestre, aérienne, maritime) et constitue un pilier essentiel de la stratégie de défense des puissances nucléaires, tout en posant des questions sur la course aux armements et la stabilité stratégique dans un monde multipolaire.
C. Les points de tensions actuels
Les points de tensions maritimes actuels se concentrent sur plusieurs zones stratégiques à fort enjeu : la mer de Chine méridionale où la Chine revendique une grande partie des eaux via la ligne des neuf traits (contestée internationalement), la mer de Chine orientale autour des îles Senkaku/Diaoyu disputées avec le Japon, l’Arctique où la fonte des glaces ouvre de nouvelles routes commerciales et d’accès aux ressources, ainsi que les détroits critiques comme Ormuz (pétrole) ou Malacca (commerce Asie-Europe).
FOCUS EXEMPLE 🌸
La militarisation d’îlots artificiels par la Chine dans les Spratleys, le déploiement croissant de porte-avions, de sous-marins et de missiles anti-navires, ainsi que les exercices navals réguliers accentuent fortement les risques d’incidents ou d’escalade.
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Les conflits de ZEE en mer de Chine méridionale
@SVG version of the South China Sea claims map by Voice of America Wikipédia
POUR REVISER AVEC LES RESEAUX SOCIAUX: LE COURS EN 1 MINUTE 🗝️
Les États-Unis maintiennent une présence militaire importante dans la région pour garantir la liberté de navigation et soutenir leurs alliés. Ces tensions combinent des enjeux de souveraineté territoriale, d’accès aux ressources (pétrole, gaz, pêche), de contrôle des routes maritimes vitales et de prestige national. Elles illustrent la persistance de rivalités classiques dans les espaces océaniques malgré la globalisation et la coopération économique, avec un risque réel d’incident armé qui pourrait dégénérer en conflit plus large. Le contrôle des océans reste donc un enjeu géopolitique majeur du XXIe siècle, où la puissance navale et la capacité de projection déterminent l’influence régionale et globale des États.
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Les mers permettent aux États d’exercer leur puissance militaire à distance.
La dissuasion nucléaire repose en partie sur les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.
Ces sous-marins assurent une capacité de frappe en second.
Les grandes puissances disposent de flottes capables d’intervenir à l’échelle mondiale.
Les océans sont des espaces de rivalités stratégiques croissantes.
I. Coopérer pour développer la recherche : la station spatiale internationale
Problématique: Comment l'ISS est-elle devenue le symbole de la coopération internationale en matière spatiale?
La Station Spatiale Internationale (ISS), dont l’assemblage a commencé en 1998, constitue l’exemple le plus abouti et le plus durable de coopération spatiale internationale à grande échelle. Elle réunit la NASA (États-Unis), Roscosmos (Russie), l’Agence spatiale européenne (ESA), la JAXA (Japon) et la CSA (Canada), soit quinze nations principales. Lancée dans le contexte de la fin de la Guerre froide, l’ISS symbolise le passage d’une logique de rivalité à une logique de collaboration scientifique : modules russes et américains s’assemblent en orbite basse autour de la Terre, créant un laboratoire unique en microgravité.
L'emblème de la Station Spatiale Internationale, rappelant les nations parties prenantes de sa mise en oeuvre
@NASA Wikimedia Commons
Elle sert de plateforme pour des recherches avancées en biologie, physique des matériaux, médecine spatiale et observation de la Terre, avec plus de 3 000 expériences scientifiques réalisées à bord depuis son inauguration. Des astronautes de 18 pays différents y ont séjourné, favorisant les échanges culturels et scientifiques. Malgré les tensions géopolitiques récurrentes (crise ukrainienne, rivalité sino-américaine), l’ISS a maintenu une coopération technique exemplaire et continue d’opérer grâce à des accords bilatéraux renouvelés. Son exploitation est prévue jusqu’en 2030 environ, après quoi chaque partenaire envisage des stations nationales ou des projets privés.
La Station Spatiale Internationale
@ NASA Wikimedia Commons
L’ISS démontre que la coopération internationale peut coexister avec les rivalités nationales et qu’elle reste indispensable pour des projets scientifiques complexes et coûteux. Elle prépare également les futures missions d’exploration lointaine (retour sur la Lune, Mars) en testant les technologies de vie en milieu spatial.
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La Station spatiale internationale est un projet de coopération lancé par les États-Unis.
Elle réunit plusieurs puissances (États-Unis, Russie, Europe, Japon, Canada).
Elle est située en orbite basse autour de la Terre.
Elle permet la réalisation d’expériences scientifiques en micropesanteur.
Son fonctionnement repose sur une coopération internationale durable.
II. Rivalités et coopérations dans le partage, l’exploitation et la préservation des ressources des mers et des océans : de la création des zones économiques exclusives à la gestion commune de la biodiversité
Problématique: Comment les Etats sont ils en mesure de partager un espace océanique afin d'en tirer des enjeux de puissance?
A. Partager les océans
La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (adoptée à Montego Bay en 1982 et entrée en vigueur en 1994) établit un cadre juridique global pour le partage et la gouvernance des océans. Elle crée les zones économiques exclusives (ZEE) s’étendant jusqu’à 200 milles marins des côtes, dans lesquelles l’État côtier exerce des droits souverains sur l’exploration et l’exploitation des ressources biologiques et minérales.
FOCUS EXEMPLE 🌸
Au-delà des ZEE commence la haute mer, ouverte en principe à tous les États selon le principe de liberté de navigation, mais soumise à des obligations de conservation et de gestion durable des ressources. Ce régime juridique tente d’équilibrer la souveraineté nationale des États côtiers avec les intérêts collectifs de la communauté internationale.
Cependant, de nombreux litiges persistent sur les délimitations exactes des ZEE, particulièrement en mer de Chine méridionale, en Arctique ou en Méditerranée orientale. La convention favorise également la coopération via des commissions régionales et des accords bilatéraux ou multilatéraux. Elle représente un compromis historique entre les revendications nationales et le besoin d’une gouvernance globale des océans, même si son application reste inégale et contestée par certains États qui cherchent à étendre leur influence maritime. Le partage des océans reste donc un enjeu géopolitique majeur, où se confrontent souveraineté territoriale et intérêt commun de l’humanité.
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Carte mondiale des ZEE
@Wikipedia Commons
B. Exploiter les océans : ressources longtemps exploitées… ou encore à conquérir
Les océans fournissent depuis des siècles des ressources halieutiques (pêche), énergétiques (pétrole et gaz offshore) et minérales. La pêche industrielle, pratiquée à grande échelle depuis le XIXe siècle, reste une activité vitale mais menacée par la surpêche et l’épuisement des stocks. L’exploitation des hydrocarbures en mer (plateformes offshore) s’est considérablement intensifiée depuis les années 1970. De nouvelles ressources émergent ou deviennent économiquement viables : énergies marines renouvelables (éolien offshore, marémoteur), minerais des grands fonds (nodules polymétalliques riches en manganèse, nickel, cobalt) et potentiellement l’hydrogène ou les hydrates de méthane.
Les ZEE permettent aux États côtiers d’exploiter ces richesses sous leur juridiction, tandis que la haute mer pose des défis complexes de gouvernance internationale et de risque de « course aux ressources ». L’exploitation génère d’importantes richesses économiques mais provoque aussi des tensions entre États (conflits de pêche) et des dégradations environnementales importantes (pollution, destruction des habitats). La coopération via des organisations régionales de gestion des pêches tente de réguler ces activités, mais les intérêts économiques à court terme l’emportent souvent sur la durabilité. L’exploitation des océans illustre ainsi le dilemme permanent entre valorisation économique et préservation environnementale dans un espace partagé.
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C. La conservation des océans
La conservation des océans est devenue un enjeu planétaire urgent face à la pollution plastique, à la surpêche, à l’acidification due au CO₂ et au réchauffement des eaux. La Convention de Montego Bay impose aux États des obligations générales de conservation et de gestion durable des ressources. Des traités complémentaires visent à protéger la biodiversité en haute mer (accord BBNJ adopté en 2023 et en cours de ratification). Des aires marines protégées se multiplient à travers le monde, mais leur superficie réelle et leur niveau de protection restent souvent insuffisants.
FOCUS EXEMPLE 🌸
La coopération internationale, via l’ONU, les commissions régionales et des initiatives comme le « High Seas Treaty », est indispensable pour gérer les stocks de poissons transfrontaliers, lutter contre la pollution et préserver les écosystèmes vulnérables (récifs coralliens, grands fonds).
La conservation s’oppose fréquemment aux intérêts économiques immédiats des États et des industries, illustrant les tensions structurelles entre exploitation à court terme et durabilité à long terme dans les espaces marins. Sans une gouvernance renforcée et des moyens de contrôle effectifs, la dégradation des océans risque d’avoir des conséquences dramatiques sur la sécurité alimentaire, le climat et la biodiversité mondiale. La préservation des océans est donc devenue un enjeu géopolitique majeur qui dépasse les intérêts nationaux.
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La liberté des mers est théorisée dès le XVIIe siècle.
La souveraineté maritime se renforce au XXe siècle.
La Convention de Montego Bay encadre le droit de la mer.
Elle définit la zone économique exclusive jusqu’à 200 milles marins.
Les ressources maritimes suscitent à la fois coopérations et tensions.
AXE 3. LA CHINE: A LA CONQUÊTE DE L'ESPACE, DES MERS ET DES OCÉANS
I. Une volonté politique d’affirmation (discours, investissements, appropriations…)
Problématique: Comment la Chine est-elle passée d'une puissance à la marge de la conquête spatiale et océanique à un acteur en mesure de rivaliser avec les autres grandes puissances?
A. 1956-1986, une politique hésitante et encore limitée
Le programme spatial chinois débute dans les années 1950 dans un contexte de coopération avec l’Union soviétique, qui fournit des technologies et des experts pour le développement de missiles balistiques. Le premier satellite chinois, Dong Fang Hong 1, est lancé avec succès le 24 avril 1970, faisant de la Chine la cinquième puissance spatiale. Cependant, la période maoïste est marquée par des priorités internes (Grande Révolution culturelle prolétarienne) et par les tensions sino-soviétiques qui entraînent le retrait de l’aide russe.
@ Brücke Osteuropa Wikimedia Commons
@Wikimedia Commons
Le programme spatial reste modeste, centré principalement sur des applications militaires et des satellites de communication ou de reconnaissance. Sur le plan maritime, la marine chinoise (PLAN) est faible et orientée exclusivement vers la défense côtière, sans capacité de projection significative. Deng Xiaoping, à partir de 1978, lance la politique des « Quatre Modernisations » qui inclut la défense, mais l’espace et les mers restent encore secondaires par rapport aux priorités économiques.
FOCUS EXEMPLE 🌸
Cette phase hésitante reflète à la fois les contraintes internes (instabilité politique, retard technologique) et le contexte international défavorable. La Chine accumule cependant une expertise de base qui servira de fondation aux développements ultérieurs.
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B. 1986-2016. Construire et affirmer sa puissance
Le Programme 863 lancé en 1986 impulse un développement scientifique et technologique accéléré, incluant explicitement l’espace. Le programme habité (Project 921) est officiellement lancé en 1992. La Chine envoie son premier taïkonaute, Yang Liwei, en octobre 2003, devenant le troisième pays à réaliser un vol habité autonome. Elle développe ensuite la station spatiale Tiangong (module expérimental en 2011, Tiangong-2 en 2016) et réalise des missions lunaires (Chang’e 3 avec alunissage en 2013).
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Sur le plan maritime, la modernisation de la marine s’accélère : lancement du premier porte-avions Liaoning en 2012 (refit d’un navire ukrainien), développement de sous-marins nucléaires et construction de bases avancées. La Chine affirme ses revendications en mer de Chine méridionale via la ligne des neuf traits et commence la militarisation d’îlots artificiels. Les investissements massifs et la stratégie des « faits accomplis » permettent à Pékin d’affirmer progressivement sa puissance régionale. Cette période marque le passage d’un programme spatial et naval limité à une capacité réelle de projection et de concurrence avec les grandes puissances.
📝 POUR S'EN RAPPELER 🔎
C. Depuis 2016, l’affirmation de la puissance se fait toujours plus forte
Sous la présidence de Xi Jinping, la Chine accélère considérablement ses ambitions spatiales et maritimes. La station Tiangong est pleinement opérationnelle depuis 2022, des missions lunaires ambitieuses (Chang’e 4 face cachée de la Lune en 2019, Chang’e 6 retour d’échantillons en 2024) et un programme martien sont en cours. La flotte navale continue son expansion rapide avec le troisième porte-avions (Fujian, lancement 2022) et des sous-marins de nouvelle génération. La « Route de la Soie spatiale » et la dimension maritime de la Belt and Road Initiative intègrent l’espace et les océans dans une stratégie globale d’influence.
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Les discours officiels lient explicitement la conquête spatiale et maritime au « grand renouveau de la nation chinoise ». La militarisation accrue en mer de Chine méridionale, les capacités antisatellites testées et la présence croissante dans l’Arctique et en haute mer renforcent cette affirmation. Cette phase montre une puissance globale assumée qui défie ouvertement l’ordre international établi, tout en cherchant à créer des dépendances économiques chez ses partenaires.
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La Belt and Road Initiative.
@MERCATOR INSTITUTE FOR CHINA STUDIES
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La Chine se construit en référence au « siècle de l’humiliation », le XIXe siècle et les désastres jusqu'à 1949.
Le régime communiste est instauré en 1949.
Des réformes économiques sont engagées à partir de la fin des années 1970.
La Chine développe progressivement ses capacités militaires et nucléaires.
Elle affirme une ambition de puissance mondiale au XXIe siècle.
II. Des enjeux économiques et géopolitiques considérables pour la Chine et le reste du monde
Problématique: Comment l'affirmation de la Chine dans ces espaces de conquête se transforme-t-elle en revendication du statut de superpuissance?
A. Les marqueurs de la puissance chinoise
La Chine affiche aujourd’hui des marqueurs concrets de sa puissance dans l’espace et les océans : une station spatiale autonome pleinement opérationnelle, une flotte navale devenue la plus nombreuse au monde, une présence croissante dans l’Arctique via des stations de recherche et des routes commerciales, et des investissements massifs dans les nouvelles routes maritimes de la BRI (ports au Sri Lanka, Pakistan, Djibouti, Grèce). La constellation BeiDou offre une alternative au GPS américain, renforçant l’autonomie technologique chinoise. Les ressources spatiales (hélium-3 sur la Lune, minerais lunaires) et océaniques (nodules polymétalliques, pêche en haute mer) sont activement visées.
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Ces marqueurs servent simultanément des objectifs économiques (sécurisation des routes commerciales, accès aux matières premières stratégiques) et géopolitiques (influence régionale, projection de puissance, création de dépendances). La Chine combine ainsi une stratégie de puissance « hard » (militaire) et « soft » (infrastructures, coopération). Ces avancées inquiètent de nombreux pays qui y voient une remise en cause de l’ordre international libéral et de la liberté de navigation.
B. Les relations conflictuelles avec les États-Unis
Les relations entre la Chine et les États-Unis dans l’espace et les océans sont marquées par une rivalité stratégique multidimensionnelle et croissante. Pour Washington, Pékin apparaît comme un challenger révisionniste qui menace la liberté de navigation, la suprématie technologique américaine et l’ordre international basé sur des règles. Les incidents navals en mer de Chine méridionale, les tests d’armes antisatellites chinois, et la course aux technologies spatiales (constellations, stations lunaires) accentuent les tensions. Les États-Unis répondent par des alliances renforcées (AUKUS avec Australie et Royaume-Uni, Quad avec Inde et Japon), des restrictions sur les exportations de technologies sensibles, et une présence militaire accrue dans l’Indo-Pacifique.
FOCUS EXEMPLE 🌸
Pour Pékin, les États-Unis cherchent à contenir l’ascension légitime de la Chine et à freiner son « grand renouveau ». Cette rivalité structure les relations internationales du XXIe siècle dans ces nouveaux espaces, avec un risque permanent d’escalade accidentelle, tout en laissant une place limitée à la coopération sur des enjeux globaux comme la gestion des débris spatiaux ou la lutte contre le changement climatique océanique.
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🧧A RETENIR POUR LE BAC !!!
La Chine lance les « nouvelles routes de la soie ».
Ce projet repose sur des axes terrestres et maritimes.
Il vise à développer les échanges et les infrastructures.
Il renforce l’influence chinoise à l’échelle mondiale.
Il s’inscrit dans une rivalité avec d’autres grandes puissances.
⌛ CHRONOLOGIE DES FAITS ÉVOQUÉS
1957 – Lancement de Spoutnik 1 par l’URSS.
1969 – Alunissage d’Apollo 11 (USA).
1970 – Lancement de Dong Fang Hong 1 (Chine).
1982 – Adoption de la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer.
1998 – Début de l’assemblage de l’ISS.
2003 – Premier taïkonaute chinois (Yang Liwei).
2012 – Mise en service du porte-avions Liaoning (Chine).
2013 – Alunissage de Chang’e 3 (Chine).
2016 – Lancement de Tiangong-2.
2019 – Chang’e 4 : première mission sur la face cachée de la Lune.
2022 – Achèvement de la station Tiangong.
2022 – Lancement du porte-avions Fujian (Chine).
2023 – Adoption de l’accord BBNJ sur la biodiversité en haute mer.
2025 – Plus de 6 000 satellites Starlink en orbite.
2026 – Projets Artemis (USA) et chinois lunaires en cours.
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