INTRODUCTION
🔎LES NOTIONS CLÉS A RETENIR POUR LE CHAPITRE
Nation: Communauté d’individus partageant une histoire, une culture et la volonté de vivre ensemble. Pendant la Révolution française, la nation devient souveraine et remplace le roi comme source du pouvoir politique.
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Ancien Régime : Nom donné à la société et au système politique français avant 1789. Il repose sur la monarchie absolue, les privilèges et la division de la société en trois ordres.
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Tiers-Etat : Troisième ordre de la société d’Ancien Régime regroupant la grande majorité des Français : bourgeois, artisans et paysans. Il réclame l’égalité politique et fiscale en 1789.
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Concordat: Accord signé en 1801 entre Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII. Il rétablit la paix religieuse en France tout en plaçant l’Église sous contrôle de l’État.
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Terreur: Période de la Révolution française (1793-1794) durant laquelle le gouvernement révolutionnaire utilise la violence et les exécutions pour éliminer les opposants et défendre la République.
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Sans-culottes: Révolutionnaires populaires des villes, surtout à Paris, favorables à une Révolution radicale. Leur nom vient de leur pantalon long, opposé à la culotte portée par les nobles.
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Coalitions: Alliances des monarchies européennes contre la France révolutionnaire puis napoléonienne. L’Autriche, la Prusse, la Russie et le Royaume-Uni participent à plusieurs coalitions successives.
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Blocus continental: Politique mise en place par Napoléon en 1806 pour interdire le commerce entre l’Europe et le Royaume-Uni. Il vise à affaiblir économiquement les Britanniques.
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Convention: Assemblée qui gouverne la France de 1792 à 1795 après la chute de la monarchie. Elle proclame la République et juge Louis XVI.
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Directoire: Régime politique français de 1795 à 1799 dirigé par cinq directeurs. Il tente de stabiliser la Révolution mais reste fragile et impopulaire.
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Levée en masse: Mobilisation obligatoire décidée en 1793 pour recruter des soldats afin de défendre la Révolution contre les armées étrangères et les révoltes intérieures.
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Grande Armée: Nom de l’armée de Napoléon entre 1804 et 1815. Réputée pour son efficacité militaire, elle remporte de nombreuses victoires avant l’échec de la campagne de Russie.
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🏛️LES PERSONNAGES LES PLUS IMPORTANTS
Révolutionnaire puis ministre de la Police sous Napoléon, il est connu pour son efficacité et ses réseaux d’espionnage. Il change plusieurs fois de camp pour conserver son influence politique.
Frère de Louis XVI, il émigre pendant la Révolution. Il accède au trône en 1814, accorde une charte constitutionnelle et, malgré les Cent-Jours, demeure roi jusqu'à sa mort en 1824.
I.La naissance de la Révolution, 1789-1792
🪶CITATION A RETENIR:
Honoré Gabriel Riqueti de Mirabeau, "Ne vous paraît-il pas absurde de mettre en opposition les intérêts de deux cent mille privilégiés avec ceux de vingt-cinq millions de citoyens ? ", Discours prononcé en 1789.
Abbé Siéyès, "Qu’est-ce que le Tiers-État ? — Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? — Rien. Que demande-t-il ? — A être quelque chose.", 1789.
Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, "Vous vous êtes donné la peine de naitre et rien de plus!", Le mariage de Figaro, 1778. A ce moment, le personnage de Beaumarchais, un homme du peuple, critique le comte d'Almaviva.
A. Les fragilités de la monarchie
En 1789, Louis XVI règne sur la France, mais la crise financière est grave : l’État s'approche de la faillite, avec une dette estimée à environ quatre milliards de livres en 1788. Cette situation s’explique par plusieurs raisons: les dépenses liées aux guerres, notamment la participation à la guerre d’indépendance américaine, mais aussi par un système fiscal inégalitaire qui repose essentiellement sur le tiers état. En effet, la noblesse et le clergé bénéficient de nombreux privilèges fiscaux et la collecte des impôts est inefficace, sans oublier le retard économique pris par rapport aux Britanniques (pas de papier monnaie en France).
De même, depuis quelques décennies, la société d’ordres est de plus en plus contestée. Le tiers état, qui représente environ 97 % de la population, réclame davantage de droits politiques et une égalité devant l’impôt. Plusieurs ministres de Louis XVI (Turgot, Loménie de Brienne, Necker) ont tenté des réformes du système d'impôt mais ont échoué face aux parlements de province et aux blocages par l'aristocratie et le clergé.
Louis XVI, roi de France et de Navarre. Ses tentatives de réforme échouent et le royaume s'endette
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La carte des provinces de France en 1789
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Parmi les privilégiés, la haute-noblesse empêche les nobles de plus récentes noblesse d'accéder aux postes les plus élevés (l'édit de Ségur de 1781), le haut-clergé n'a pas beaucoup de points communs avec le bas clergé qui pour une partie demande aussi des réformes. La vénalité des charges (il faut acheter son poste) est aussi critiquée, sans oublier que chaque province a des taux d'imposition différents, des douanes intérieures. La bourgeoisie marchande demande à en finir avec ces divisions administratives.
Extrait du "Mariage de Figaro", une pièce de Beaumarchais, où les privilèges sont dénoncés par Figaro, un "self-made-man"
Rejoignant ces critiques, les idées des Lumières sont largement diffusées parmi les élites urbaines. Les philosophes ne sont pas majoritairement des républicains (Voltaire, Montesquieu), mais ils critiquent la monarchie de droit divin et l’Église. Rousseau défend une "volonté générale" présente dans le peuple: c'est de lui que viendrait le pouvoir.
François-Marie Arouet, dit "Voltaire", critique de l'Eglise, défenseur de la liberté d'expression, réservée néanmoins aux élites
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Charles de Montesquieu, admirateur du régime britannique, théoricien de la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire)
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Jean-Jacques Rousseau, admirateur de la démocratie directe sur le modèle suisse et théoricien de la "volonté générale" du peuple
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Le roi n'est pas remis en cause, mais le système de privilèges l'est. En 1788, la "journée des tuiles" de Grenoble voit des émeutes contre les soldats du roi. Dans un contexte de mauvaise récolte, le mécontentement est important.
B. Les bouleversements de 1789-1790. La fin de l’Ancien Régime
Pour obtenir une réforme des impôts, le roi décide de convoquer les États généraux, qui s’ouvrent le 5 mai 1789 à Versailles. Les États généraux regroupent des représentants des 3 ordres et très vite, les tensions apparaissent. D'ordinaire, le vote se fait par ordre, le tiers-état sait qu'il sera désavantagé, et demande donc un vote par tête. Les représentants du tiers-état demandent bien plus qu'une réforme des impôts. Dans les cahiers de doléance, remplis dans chaque paroisse, les Français ont majoritairement demandé la fin des privilèges et de la société d'ordre.
Le nombre de députés par ordre (en comparaison, le clergé représente 1% de la population, la noblesse entre 1 et 2% et le tiers-état environ 97%)
Un exemple de cahier de doléances
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Ainsi, le 17 juin 1789, les députés du tiers état se proclament Assemblée nationale, affirmant qu’ils représentent la nation. Puis le 20 juin, alors que le roi a fermé la salle des débats, ils prêtent le serment du Jeu de Paume, par lequel ils s’engagent à ne pas se séparer avant d’avoir donné une constitution à la France. Pour eux, c'est donc à la nation et non au roi qu'appartient la souveraineté.
Le serment du Jeu de Paume, représenté par Jacques-Louis David
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Depuis le 12 juillet 1789, à Paris des rumeurs se répandent: le roi rassemble autour de la capitale des régiments étrangers et ce serait pour s'en prendre aux Parisiens et l'Assemblée. Agités par des meneurs comme le journaliste Camille Desmoulins, des milliers de Parisiens prennent les armes et le 14, s'emparent de la Bastille.
Cette forteresse royale est attaquée parce que de la poudre à fusil s'y trouve et qu'elle est un symbole de la présence royale à Paris. Des soldats des Gardes françaises, un régiment d'élite, rejoint la révolte. Le roi choisit l’apaisement, accepte la cocarde tricolore abordé comme un symbole par les "patriotes", ceux approuvant la Révolution en cours.
La prise de la Bastille, 14 juillet 1789. Au centre, l'arrestation de son gouverneur avant son exécution
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Dans les campagnes, l’été 1789 est marqué par la Grande Peur, un mouvement de panique et de révolte au cours duquel les paysans attaquent les châteaux et détruisent les titres seigneuriaux.
Face à cette agitation, l’Assemblée nationale adopte, dans la nuit du 4 août 1789, l’abolition des privilèges, mettant fin à la société d’ordres. Quelques semaines plus tard, le 26 août 1789, elle adopte la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui proclame des principes à la base de la pensée politique moderne: égalité devant la loi, libertés individuelles, souveraineté nationale, droit de propriété. L'Ancien Régime a disparu. Le 14 juillet 1790, la fête de la Fédération, sous l'impulsion du marquis de Lafayette, semble unir la nation autour du roi.
La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen évoque les codes des Tables de la Loi, cependant, elle ne fait pas référence au Dieu chrétien mais à l'"Etre suprême".
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En 1790, les réformes se poursuivent avec la réorganisation administrative du territoire en départements et la nationalisation des biens du clergé. La constitution civile du clergé, adoptée en juillet 1790, soumet l’Église à l’État, ce qui provoque de fortes tensions religieuses. De même, une constitution est en train d'être rédigée, qui définit le fonctionnement politique de la nouvelle monarchie, mais la place du roi est discutée.
Fête de la Fédération, 14 juillet 1790. En apparence, l'unanimité derrière les réformes révolutionnaires
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C. L’effondrement de la royauté, 1791-1792
En effet, parmi les députés de l'Assemblée, la question est de savoir si le roi doit disposer de pouvoirs importants. Pour le groupes des feuillants (des monarchistes) il est une figure d'autorité, mais pour la gauche, notamment le groupe des jacobins, il n'a qu'un pouvoir symbolique... Quand certains commencent à parler de république. En octobre 1789, le roi, son épouse Marie-Antoinette et la famille royale avaient du abandonner Versailles et s'installer à Paris de force, contraints par des Parisiens en colère.
Inquiété par les tensions religieuses et les violences des sans-culottes, une milice populaire républicaine, le roi Louis XVI tente de fuir Paris avec sa famille le 20 juin 1791. Cependant, il est reconnu et arrêté. Cet événement a un impact considérable, car il détruit la confiance entre le roi et une partie de la nation et alimente les demandes républicaines. Une manifestation sur le champ de Mars à Paris, encouragée par le journaliste républicain Marat, est dispersée dans le sang par Lafayette le 17 juillet 1791.
Une caricature insultante, représentant le retour de la famille royale à Versailles
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Malgré cela, une Constitution est adoptée en septembre 1791, instaurant une monarchie constitutionnelle dans laquelle le roi partage le pouvoir avec une Assemblée élue. Toutefois, ce compromis reste fragile, car il ne satisfait ni les partisans d’une monarchie forte ni les révolutionnaires les plus radicaux.
Parmi les jacobins, le groupe des girondins domine peu à peu l'Assemblée et appelle à une guerre contre l'Autriche. En effet, les girondins pensent que la guerre diffusera les idées révolutionnaires à l'étranger et sera un moyen de combattre les nobles royalistes émigrés à l'étranger.
La guerre est déclarée le 20 avril 1792 contre l’Autriche, qui est rejointe par la Prusse. Désorganisée par l'émigration d'officiers royalistes, l'armée française enchaine les défaites. Beaucoup soupçonnent le roi de soutenir les ennemis de la Révolution (l'Empereur François, dirigeant l'Autriche est le frère de Marie-Antoinette).
Le 10 août 1792, une insurrection menée par les sans-culottes aboutit à la prise du palais des Tuileries. La monarchie est alors suspendue et le roi emprisonné. Quelques semaines plus tard, en septembre 1792, les massacres de prisonniers politiques soupçonnés d'être des contre-révolutionnaires témoignent d’un climat de peur et de radicalisation politique.
La victoire de Valmy le 21 septembre bloque l'avancée des troupes prussiennes, puis le 22 septembre 1792, la Convention nationale proclame la République, mettant définitivement fin à la monarchie.
La bataille de Valmy, 21 septembre 1792
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Une sans-culotte
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La prise des Tuileries, 10 août 1792
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🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
La monarchie de Louis XVI est affaiblie par une grave crise financière (≈ 4 milliards de livres de dette en 1788).
Le tiers état, représentant 97 % de la population, réclame plus de droits politiques et fiscaux.
Les États généraux sont convoqués le 5 mai 1789, révélant les tensions politiques.
Le 17 juin 1789, le tiers état se proclame Assemblée nationale.
Le 20 juin 1789, le Serment du Jeu de Paume affirme la souveraineté nationale.
Le 14 juillet 1789, la prise de la Bastille marque l’entrée du peuple dans la Révolution.
La nuit du 4 août 1789 met fin aux privilèges féodaux.
Le 26 août 1789, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen proclame liberté et égalité.
Le 20–21 juin 1791, la fuite à Varennes brise la confiance envers le roi.
Le 21 septembre 1792, la monarchie est abolie et la République proclamée.
II. La République en guerre, 1792-1799
🪶CITATION A RETENIR:
Maximilien de Robespierre, "la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante", Discours du 5 février 1794.
Louis-Antoine Saint-Just, "Un roi doit régner, ou mourir", Discours sur le jugement de Louis XVI, 13 novembre 1792.
Georges Jacques Danton, "Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine", derniers mots de Danton à son bourreau, 5 avril 1794.
A. La République contre l'Europe, la guerre extérieure
Dès la proclamation de la république, dont l'Assemblée a le nom de "Convention", la France entre dans une phase de guerre quasi permanente contre les monarchies européennes. Ces dernières, inquiètes de la diffusion des idées révolutionnaires, cherchent à vaincre la jeune république. En décembre 1792, Louis XVI passe en jugement, il est guillotiné le 21 janvier 1793, notamment sous l'impulsion des jacobins proches des sans-culottes: le groupe des Montagnards. Parmi eux, on trouve Marat, Hébert, et de nouvelles figures: Saint-Just, Danton et notamment Maximilien de Robespierre.
En 1793, la guerre prend une ampleur nouvelle avec la formation d’une large coalition regroupant notamment l’Autriche, la Prusse, le Royaume-Uni et l’Espagne. Parmi les coalisés, la lutte est idéologique: le philosophe britannique Edmund Burke fonde la théorie contre-révolutionnaire, juge que les républicains français sont une menace pour l'ordre monarchique en Europe. Contre les droits de l'Homme et le républicanisme, il oppose les traditions, l'Eglise, le roi.
La France est alors confrontée à une situation critique, marquée par des défaites militaires, des invasions et de fortes tensions internes. Pour faire face à cette menace, la Convention adopte des mesures exceptionnelles. Le 23 août 1793, elle décrète la levée en masse, mobilisant environ 300 000 hommes, après avoir déjà recruté des centaines de milliers de soldats au commencement de l'année. La jeune armée est capable de bloquer les coalisés aux frontières, avec un corps d'officiers de talents, forgés par la défense de la patrie. Des généraux comme Hoche, Marceau, Desaix ou Kléber s'illustrent.
Progressivement, grâce à cette mobilisation et à une meilleure organisation militaire, la situation s’améliore. Les armées révolutionnaires remportent plusieurs victoires, comme à Jemmapes en novembre 1792, qui permet de sécuriser les frontières du Nord et même d'atteindre le Rhin. Cependant, les Britanniques mènent le blocus maritime de la France et la situation reste incertaine jusqu'à l'été 1794.
B. La Terreur: éliminer les ennemis de l'intérieur
Parallèlement à la guerre extérieure, la République doit faire face à de graves menaces internes qui fragilisent le régime. Dès 1793, des révoltes royalistes se développent, notamment dans l’Ouest de la France, en particulier en Vendée, où une guerre civile particulièrement violente oppose les insurgés aux forces républicaines. Les paysans de Vendée se battent pour la défense de la foi catholique et le rétablissement du roi. Le fils de Louis XVI, Louis XVII, est enfermé à la prison du Temple (il y mourra en 1795).
Henri de la Rochejacquelein, combattant royaliste
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Des paysans vendéens demandant à M. de Charette de venir se joindre à l'armée
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Un des drapeaux de la Vendée
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En réaction, croyant à des complots royalistes à l'échelle du pays, les républicains pourchassent leurs opposants réels ou supposés, avec des arrestations arbitraires et des exécutions (majoritairement à la guillotine). Les nobles et prêtres sont particulièrement visés mais le nombre de suspects est plus large. Des violences antichrétiennes sont nombreuses, beaucoup d'églises transformées en "temple de la raison".
La fête du culte de la raison à Notre-Dame de Paris, 10 novembre 1793
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Dans le même temps, des divisions politiques opposent les différents groupes des jacobins. Ceux-ci contrôlent la Convention mais aussi le Comité de Salut Public, qui mène la politique du pays. Les girondins dominent encore mais les montagnards demandent une intensification de l'effort de guerre et soutiennent des réformes sociales: maximum des prix, soutien aux classes populaires urbaines.
La Terreur n'a pas de date précise de commencement, mais elle se met en place progressivement, et dévore les propres fondateurs de la Révolution. Les chefs girondins sont arrêtés et purgés en juin 1793 par les montagnards qui les jugent trop modérés, puis l'assassinat de Marat par Charlotte Corday encourage les montagnards à voir des ennemis cachés dans la société.
Tableau de Jacques-Louis David, consacré à la mort de Marat
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Le pouvoir est alors concentré entre les mains du Comité de salut public, dominé par Robespierre, qui justifie l’usage de mesures radicales pour sauver la République. La constitution de l'an II établit le suffrage universel masculin et met en place un régime dominé par la démocratie directe.
Le 17 septembre 1793, la loi des suspects permet d’arrêter toute personne soupçonnée d’être ennemie de la Révolution. Parallèlement, le Tribunal révolutionnaire est chargé de juger rapidement les accusés. La loi de Prairial du 10 juin 1794 enlève les derniers droits des accusés.
La paranoïa révolutionnaire, ici, une représentation fictive de Carrier, représentant de la Convention à Nantes, connu pour ses exécutions de masse et ses "mariages républicains" (un homme et une femme nue sont exécutés ensemble dans une barque) et autres noyades à Nantes.
La répression devient extrêmement violente. Environ 16 000 personnes sont officiellement exécutées, notamment à la guillotine. La révolte fédéraliste (des républicains voulant une république décentralisée) est écrasée à Lyon. En Vendée et en Bretagne, des centaines de milliers d'habitants sont massacrés, particulièrement par les "colonnes infernales" républicaines de 1794.
Un massacre effectué par les troupes républicaines représenté sur un vitrail d'église
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Cependant, le 26 juin 1794, les républicains gagnent la bataille de Fleurus dans le Nord. Cette bataille écarte le danger immédiat contre la république, donc, la Terreur ne semble plus nécessaire. Robespierre et ses alliés commencent à être contestés, or, il s'est isolé: il a fait exécuter Hébert, chef des "enragés", puis Danton et Camille Desmoulins. Le 9 thermidor an II, soit le 27 juillet 1794, Robespierre est arrêté puis exécuté avec Saint-Just.
L'exécution de Robespierre, 28 juillet 1794
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C. L’ascension de Napoléon Bonaparte, 1793-1799
Après la chute de Robespierre, la Révolution entre dans une phase plus modérée avec l’instauration du Directoire en 1795. Ce nouveau régime, bien que plus stable en apparence, reste fragile et contesté, en raison des difficultés économiques, de la corruption et des complots politiques entre ses dirigeants (5 directeurs). Le suffrage universel est aboli. C’est dans ce contexte troublé que se distingue progressivement Napoléon Bonaparte.
Officier de l'Ancien Régime, né le 15 août 1769 en Corse, il est un partisan des idées révolutionnaires. Sa carrière militaire débute véritablement en 1793 lors du siège de Toulon, où il se fait remarquer par ses talents stratégiques. Il devient général puis en 1795, il gagne en notoriété en réprimant une insurrection royaliste à Paris. Grâce à ses capacités et l'influence de son épouse, Joséphine de Beauharnais, il reçoit le commandement de l'armée d'Italie en 1796. Appuyé par d'excellents subordonnés, il enchaine les victoires sur les Autrichiens et leurs alliés d'Italie (batailles de Lodi, Arcole, Rivoli) et impose le traité de Campo-Formio en 1797. Hormis avec le Royaume-Uni, la France est en paix en Europe.
Napoléon Bonaparte à la bataille d'Arcole, 1796
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En 1798, il entreprend une campagne en Égypte afin de renforcer l'influence en Orient, mais cette expédition est compromise par la destruction de la flotte française à Aboukir. Coincé en Egypte, il mène campagne, consolide sa présence mais en France, la situation militaire se dégrade. Une nouvelle coalition a repris la lutte en 1798, la France est en danger, bien que le général Masséna sauve la république à la bataille de Zurich en 1799, Bonaparte choisit de rentrer en France.
Napoléon Bonaparte face au conseil des cinq-cent, une des deux assemblées du Directoire, qu'il renverse le 18 Brumaire
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Il est populaire, promet d'en finir avec l’instabilité politique du Directoire. Dès lors, en lien avec plusieurs hommes politiques (Fouché, Sieyès) il organise le coup d’État du 18 brumaire, le 9 novembre 1799, qui lui permet de prendre le pouvoir. Bonaparte annonce la fin de la Révolution, il instaure le Consulat, dont il devient un des trois consuls, puis le Premier consul.
🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
La République est immédiatement menacée par les monarchies européennes.
Le 20 septembre 1792, la victoire à Valmy sauve la Révolution.
En 1793, une coalition européenne se forme contre la France.
Le 21 janvier 1793, Louis XVI est exécuté.
La levée en masse du 23 août 1793 mobilise des centaines de milliers de soldats.
La Terreur (1792–1794) impose une dictature révolutionnaire.
Maximilien Robespierre est le principal acteur du Comité de salut public.
Environ 16 000 exécutions ont lieu pendant la Terreur.
Le 27 juillet 1794 (9 thermidor), Robespierre est renversé et exécuté.
Le 9 novembre 1799 (18 brumaire), Napoléon Bonaparte prend le pouvoir.
III. Le Consulat et l’Empire français, 1799-1815
🪶CITATION (BADASS) A RETENIR:
Napoléon Bonaparte, "La gloire est éphémère, l'obscurité est éternelle".
Napoléon Bonaparte, "Ce que rien n'effacera, ce qui vivra éternellement, c'est mon Code civil ".
Napoléon Bonaparte, "Il vous suffira de dire : j'étais à la Bataille d'Austerlitz pour que l'on réponde : Voilà un brave !".
Général Lepic à la bataille d'Eylau, 1807, "Haut les cœurs Messieurs ! La mitraille c'est pas de la merde !".
A. Les Réformes du Consulat, 1799-1804
Le Consulat est un régime qui mélange l'héritage révolutionnaire et de la monarchie. La Constitution de l’an VIII, adoptée en décembre 1799, renforce considérablement l’autorité exécutive et limite le rôle des assemblées parlementaires (corps législatif et sénat). Le suffrage universel est maintenu mais la vie politique comme la liberté de la presse sont limitées. La police, aux ordres de Fouché, la gendarmerie, surveillent les opposants royalistes et républicains. Certains sont arrêtés, exilés (Moreau) voire exécutés (Cadoudal, Pichegru).
Joseph Fouché, ex moine, ex jacobin, ex communiste devenu millionnaire, ministre de la Police
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Talleyrand, ex évêque, ex député de l'Assemblée, ex républicain et ex royaliste, en charge des Affaires étrangères
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Jean-Jacques Régis de Cambacérès, deuxième consul
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Napoléon entreprend rapidement une série de réformes destinées à stabiliser la France après les troubles révolutionnaires. Sur le plan administratif, il centralise le pouvoir en créant les préfets en 1800, représentants de l’État dans les départements, chargés de faire appliquer les décisions du gouvernement. Cette organisation renforce l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.
Les départements français en 1800
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Sur le plan religieux, Napoléon signe en 1801 le Concordat avec le pape, qui rétablit la paix religieuse en France après les divisions provoquées par la Révolution. L’Église est reconnue, considérée comme celle de la grande majorité des Français mais reste sous contrôle de l’État.
Les évêques prêtent serment
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Sur le plan économique, la création de la Banque de France en 1800 permet de stabiliser la monnaie et de restaurer la confiance financière. Parallèlement, Napoléon réorganise le système fiscal pour assurer des rentrées d’argent régulières à l’État.
La réforme la plus importante reste toutefois l’adoption du Code civil en 1804, qui unifie le droit sur l’ensemble du territoire. Ce texte garantit l’égalité devant la loi, la liberté individuelle et la protection de la propriété, tout en réaffirmant l’autorité du père de famille. Il constitue l’un des héritages majeurs de la Révolution.
La remise des aigles, les nouveaux emblèmes de l'armée française
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Enfin, la réussite militaire de Napoléon, notamment avec la victoire de Marengo en 1800, renforce son prestige. Progressivement, son pouvoir personnel s’affirme. En 1804, le Sénat lui propose de devenir Empereur des Français, et les Français approuvent par référendum cette monarchie héréditaire.
Le 2 décembre 1804, il se sacre lui-même Empereur à Notre-Dame, en présence du pape.
B. L'Empire en marche, 1805-1812
Entre 1805 et 1812, l’Empire connaît une phase d’expansion spectaculaire. Une troisième coalition alliant Autriche, Russie et Royaume-Uni rentre en guerre contre l'Empire, mais l'Empereur a eu le temps de forger la première armée au monde: la Grande Armée. Ces soldats entrainés, disciplinés, conduits par des officiers vétérans et leurs maréchaux, se lancent à la conquête de l'Europe.
Ce que voit un adversaire de l'armée française pendant une bataille
Duel à cheval et au sabre entre officiers
En 1805, l'armée autrichiennes est balayée à Ulm, Vienne est prise puis la victoire d’Austerlitz, le 2 décembre 1805, contre les armées autrichienne et russe, constitue l’un de ses plus grands succès. Elle est suivie d’autres victoires importantes, comme Iéna et Auerstaedt le 14 octobre 1806, où la Prusse est vaincue. Après Friedland en 1807, c'est au tour de la Russie d'accepter la paix, lors du traité de Tilsit.
La victoire d'Austerlitz, 2 décembre 1804
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L'Europe est napoléonienne, la France organisant le continent autour de ses intérêts: le beau-frère de Napoléon, Joachim Murat, est roi de Naples. Ses frères Jérôme et Louis respectivement roi de Westphalie et de Hollande. Le grand-duché de Varsovie est un protectorat français, le Saint-Empire est dissout, remplacé par la Confédération du Rhin dont Napoléon est le protecteur. Il contrôle aussi le royaume d'Italie, la Confédération helvétique. En 1811, la France s'étend de Rome à Lübeck, les armées françaises diffusant le code civil, les valeurs révolutionnaires et alors que des centaines de milliers d'Européens rejoignent les armées impériales.
En France, l'Empire est soutenu par la grande majorité des élites: il apporte la stabilité, la gloire militaire et l'essor économique. L'Empereur a reconstitué une noblesse impériale, encourage les mariages pour forger une dynastie à l'échelle de l'Europe, lui-même épouse en 1810 Marie-Louise d'Autriche, divorçant de Joséphine qui ne peut plus avoir d'enfants. Napoléon se considère à la fois comme le nouvel Auguste et le nouveau Charlemagne, le père d'une Grande France dans une nouvelle Europe, au centre du Monde.
Les élites de l'Empire: anciens et nouveaux membres de la noblesse
Catherine Hubscher, duchesse de Dantzig, ancienne blanchisseuse, épouse du maréchal Lefebvre, lui-même simple soldat en 1789
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Nicolas Davout, aristocrate d'Ancien Régime, devenu maréchal de France, duc d'Auerstaedt, prince d'Eckmühl
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Joachim Murat, roi de Naples, fils d'un aubergiste
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Cependant, les faiblesses apparaissent. Sur le plan économique, il met en place le blocus continental en 1806, destiné à affaiblir le Royaume-Uni en interdisant le commerce avec lui. Cependant, cette politique rencontre des difficultés, car elle pénalise aussi les économies européennes et favorise la contrebande. De même, l'idée de se battre pour la nation est reprise par les ennemis de l'Empereur: en Prusse notamment, où l'armée se réorganise.
Enfin, depuis 1808, l'armée impériale est bloquée dans la péninsule ibérique face à la guérilla locale, appuyée par des soldats britanniques.
La révolte du Dos de Mayo, le 2 mai 1808, à Madrid
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C. La chute de l'Empereur, 1812-1815
Le tournant décisif intervient en 1812 avec la campagne de Russie. Napoléon veut forcer l'empereur Alexandre de Russie à accepter le blocus continental et se dégager de ses liens avec le Royaume-Uni. Il engage une armée de plus de 600 000 hommes, pour une grande part des Européens alliés, mais l’expédition se transforme en désastre. L’armée russe pratique la politique de la terre brûlée, et refuse le combat. La majorité de l'armée déserte, est capturée ou subit les maladies. Après la victoire de La Moskowa, Napoléon occupe Moscou mais les Russes détruisent la ville, le forçant à la retraite, dans des conditions climatiques terribles. Grâce au maréchal Ney et à d'autres nombreux sacrifices, l'armée est sauvée mais seuls quelques dizaines de milliers de survivants rejoignent l'Empire.
La retraite de Russie, 1812
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Cette défaite encourage les puissances européennes à former une nouvelle coalition contre la France. A présent, Napoléon est en infériorité numérique, malgré des succès localisés, en octobre 1813, il subit une défaite majeure lors de la Bataille de Leipzig, également appelée « bataille des Nations », face à des forces largement supérieures. Face aux levées croissantes d'hommes et à l'invasion du territoire français à partir de janvier 1814, l'Empire perd sa popularité.
Les armées alliées s'emparent de Paris en avril 1814, un contre-gouvernement s'organise dans la capitale, mené par Talleyrand, contre l'Empereur, afin de ramener le frère de Louis XVI, Louis XVIII, sur le trône. Napoléon choisit d’abdiquer le 6 avril et est exilé sur l’île d’Elbe. Cependant, Louis XVIII n'est pas populaire, accusé d'avoir été ramené "dans les fourgons de l'étranger".
Au Congrès de Vienne, les vainqueurs de Napoléon redessinent l'Europe, la France perd ses conquêtes depuis 1792. Nombre de Français s'inquiètent du roi, qui est soupçonné de vouloir rétablir l'Ancien Régime, même s'il a octroyé une charte constitutionnelle.
L'Europe du Congrès de Vienne
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Ainsi, Napoléon profite de cette opportunité et en mars 1815, rejoint la France. C'est le "vol de l'aigle" où l'armée se rallie à lui, le roi s'enfuit et il reprend le pouvoir. Toutefois, le Congrès de Vienne de nouveau rentre en guerre contre lui. Le 18 juin 1815, à Waterloo, il est vaincu par les Britanniques et Prussiens dans une bataille se jouant jusqu'au dernier moment. Abdiquant de nouveau, il est exilé sur l'île de Sainte-Hélène. C'est la fin des "Cent-Jours", cette brève parenthèse où il reprend le pouvoir.
Depuis cette île, il construit sa légende, alors que ses anciens vétérans commencent à lui vouer un culte, celui de l'Empereur déchu mais ayant combattu pour une nouvelle France.
Il meurt le 5 mai 1821 à 17h49. Sa dépouille sera ramenée en France en 1840, enterrée aux Invalides.
🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
Napoléon concentre le pouvoir dès 1799 sous le Consulat.
Il centralise l’État avec les préfets (1800).
La Banque de France est créée en 1800 pour stabiliser l’économie.
Le Concordat de 1801 rétablit la paix religieuse.
Le Code civil de 1804 garantit l’égalité devant la loi.
Le 2 décembre 1804, Napoléon devient empereur.
La victoire d’Austerlitz (1805) marque l’apogée du génie militaire.
L’Empire domine l’Europe en 1811.
La campagne de Russie (1812) est un désastre (≈ 500 000 pertes).
Napoléon est définitivement vaincu à Waterloo le 18 juin 1815.
CHRONOLOGIE DES PRINCIPALES DATES DU CHAPITRE
5 mai 1789 – Ouverture des États généraux
20 juin 1789 – Serment du Jeu de Paume
14 juillet 1789 – Prise de la Bastille
26 août 1789 – Déclaration des droits de l’homme
21 septembre 1792 – Proclamation de la République
21 janvier 1793 – Exécution de Louis XVI
27 juillet 1794 – Chute de Robespierre
9 novembre 1799 – Coup d’État de Napoléon Bonaparte
2 décembre 1804 – Sacre de Napoléon
2 décembre 1805 – Victoire d'Austerlitz
18 juin 1815 – Défaite de Waterloo