🔎LES NOTIONS CLÉS A RETENIR POUR LE CHAPITRE
Mission civilisatrice: Idée selon laquelle les puissances européennes auraient pour devoir d’apporter leur culture, leur langue et leur progrès aux peuples colonisés. Cette idée est utilisée pour justifier l’expansion coloniale française au XIXe siècle.
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Positivisme: Courant de pensée développé par Auguste Comte qui affirme que la science et la raison permettent de comprendre et d’améliorer la société. Il influence fortement les élites de la IIIe République.
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Boulangisme: Mouvement politique autour du général Georges Boulanger dans les années 1880. Il rassemble des mécontents de tendances diverses et menace un temps la République.
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Protectorat: Territoire placé sous le contrôle d’une puissance étrangère tout en conservant officiellement un gouvernement local. La France établit par exemple un protectorat sur la Tunisie en 1881.
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Anticléricalisme: Courant politique opposé à l’influence de l’Église dans la société et dans l’État. Les républicains anticléricaux défendent l’école laïque et aboutissent à la séparation des Églises et de l’État en 1905.
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Dreyfusard: Personne soutenant Alfred Dreyfus durant l’affaire Dreyfus et réclamant la révision de son procès. Les dreyfusards défendent la justice, les droits de l’homme et la République.
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Nationalisme intégral: Doctrine politique développée par Charles Maurras prônant une nation forte, autoritaire et monarchique. Elle rejette le parlementarisme et la démocratie républicaine.
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Syndicat: Organisation regroupant des travailleurs afin de défendre leurs droits et leurs conditions de travail. Les syndicats se développent avec l’industrialisation et obtiennent progressivement davantage de libertés sous la IIIe République.
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🏛️LES PERSONNAGES LES PLUS IMPORTANTS
Victor Hugo (1802-1885): Écrivain romantique et homme politique engagé, il défend la République libérale. Opposant à Napoléon III, il s'entoure de l'aura d'un martyr, et devient une grande figure de la IIIe République.
Georges Clemenceau (1841-1929): Homme politique républicain surnommé « le Tigre », il défend la laïcité, un républicanisme d'ordre et incarne le parti radical.
Jules Ferry (1832-1893): Homme politique républicain, il fait voter les lois rendant l’école gratuite, laïque et obligatoire. Il est aussi un acteur important de l’expansion coloniale française.
Léon Gambetta (1838-1882): Un des fondateurs de la IIIe république, il participe à la défense de la République pendant la guerre franco-prussienne. Il contribue à l'emporter sur les royalistes dans les années 1870.
Octave Mirbeau (1848-1917): Journaliste et écrivain engagé, en révolte contre la société de son temps. Il critique les injustices sociales, les hypocrisies et défend une vision anarchiste de la société.
Auguste Comte (1798-1857): Philosophe français, continuateur de Saint-Simon, il est le fondateur du positivisme, courant de pensée affirmant que la science et la raison permettent de comprendre et d’améliorer la société.
Hubert Lyautey (1854-1934): Maréchal français et administrateur colonial, il joue un rôle majeur dans la conquête et l’organisation du protectorat français au Maroc au début du XXe siècle.
Charles Maurras (1868-1952): Écrivain et théoricien nationaliste, il dirige le mouvement monarchiste de l’Action française. Il développe l’idée de nationalisme intégral hostile à la République parlementaire.
Chapitre 1. La mise en œuvre du projet républicain
🪶CITATION A RETENIR:
Léon Gambetta, "Se soumettre ou se démettre", 1877. Il s'adresse au président royaliste Mac Mahon, lui demandant d'accepter la majorité républicaine au Parlement et de nommer un chef de gouvernement républicain.
"La république, c'est le mal", Manifeste de l'Action Française, 1908.
Alphonse Daudet, "Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie et, en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu’il put :« VIVE LA FRANCE ! »", La dernière classe, 1880.
Jules Ferry, "C’est à vous de mettre la vérité morale à la portée de toutes les intelligences", Lettre aux instituteurs, 17 novembre 1883.
A. Créer la république parlementaire et libérale, 1871-1879
La IIIe République naît dans un contexte de crise profonde marqué par la défaite française contre la Prusse.
Le 18 mars 1871, après l’armistice signé avec la Prusse, et avant le traité de Francfort, débute la Commune de Paris, un gouvernement révolutionnaire qui défend des idées démocratiques et sociales. Influencée par le socialisme, le féminisme et l'internationalisme, la Commune contrôle Paris mais le gouvernement de la république, le parlement, se sont réfugiés à Versailles, où Thiers prépare la conquête de la capitale.
La destruction de la colonne Vendôme par les communards
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Louise Michel, militante anarchiste, combattante de la Commune
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La reconquête de la Commune par l'armée française
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En mai 1871, l’armée reprend Paris lors de la « Semaine sanglante » du 21 au 28 mai. La répression est violente : des milliers de communards sont tués et des milliers d’autres sont emprisonnés ou déportés en Nouvelle-Calédonie (comme Louis Michel). Les communards avaient aussi pris et fusillé des otages, dont l'archevêque de Paris, Mgr Darboy.
Exécution de Mgr Darboy et d'autres otages par les communards
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Une majorité des députés élus en 1871 est monarchiste et espère restaurer la royauté. Cependant, les divisions entre royalistes empêchent le retour d’un roi. En effet, le comte de Chambord est le candidat des légitimistes, il défend le drapeau blanc, symbole de l'Ancien Régime. Mais les orléanistes refusent de le soutenir et nombre de leurs électeurs et notables rejoignent les rangs républicains.
Le comte de Chambord, prétendant légitimiste
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Le président de la république Mac-Mahon, qui souhaite le rétablissement de la royauté mais sait que le drapeau blanc ne sera pas accepté par la majorité de la population
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Le drapeau blanc, défendu par le comte de Chambord contre le drapeau tricolore
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Peu à peu, les républicains renforcent leur influence. En 1875, les lois constitutionnelles organisent le nouveau régime politique. Elles établissent une République parlementaire reposant sur deux chambres : la Chambre des députés et le Sénat. Le véritable pouvoir exécutif appartient au président du conseil (le chef du gouvernement) qui dépend des chambres.
Sous l'influence de Gambetta, les républicains mènent des campagnes électorales efficaces, se présentent comme des modérés auprès des paysans, se distinguent des socialistes et deviennent majoritaires dans l'opinion.
Léon Gambetta, artisan essentiel de la république. Hostile à l’Église, il affirme "le cléricalisme, voilà l'ennemi!"
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Le maréchal Patrice de Mac Mahon, monarchiste, devient président en 1873. Il mène une politique d'"ordre moral", tente de limiter l’influence républicaine, mais les élections législatives de 1876 donnent la majorité aux républicains. La crise politique du 16 mai 1877 oppose Mac Mahon à la Chambre des députés. Mac-Mahon veut imposer le royaliste duc de Broglie comme chef du gouvernement, sans la majorité de la chambre des députés.
La crise à la chambre des députés, la majorité républicaine s'oppose au gouvernement royaliste
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Gambetta choisit l'affrontement et finalement, les républicains l’emportent et Mac Mahon démissionne en 1879. Le fils de Napoléon III meurt la même année face aux Zoulous, servant dans l'armée britannique. Les républicains l'ont emporté
B. Établir les piliers de la république, 1880-1894
La IIIe République repose principalement sur le Parlement. La Chambre des députés, élue au suffrage universel masculin, joue un rôle central dans la vie politique. Les gouvernements sont responsables devant les députés et peuvent être renversés par eux. Les présidents de la république (Jules Grévy en 1879) ont un rôle secondaire.
Les républicains épurent les cadres royalistes dans l'administration et républicanisent l'espace public. Les rues portent les noms de personnages républicains ou du siècle des Lumières, des statues aux "grands hommes" sont établies, la Marseillaise devient hymne national, le 14 juillet la fête nationale.
La IIIe République cherche à s’enraciner durablement dans la société française. Pour cela, elle s’appuie sur plusieurs institutions essentielles. Après la défaite de 1870, l’armée est réorganisée afin de préparer une éventuelle revanche contre l’Allemagne. Le service militaire devient progressivement obligatoire et participe à la diffusion du patriotisme républicain.
La tâche noire : la perte de l'Alsace et de la Moselle n'est pas acceptée dans l'opinion. Cependant, l'idée d'une revanche reste minoritaire
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L’école joue aussi un rôle fondamental dans la formation des citoyens. Sous l’impulsion de Jules Ferry, les lois scolaires de 1881 et 1882 rendent l’école primaire gratuite, laïque et obligatoire. Les instituteurs sont dans l'immense majorité des républicains convaincus, et jouent un rôle actif face à l'éducation des écoles catholiques.
L'école républicaine dans "La gloire de mon père" de Marcel Pagnol
L'adversaire de l'école républicaine: l'école catholique, avec une place essentielle des prêtres, moines et nonnes dans le personnel pédagogique
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Les fonctionnaires, la bourgeoisie, le monde paysan, soutiennent massivement la république, cependant, dans les années 1880, la République est fragilisée par plusieurs crises politiques. Le général Georges Boulanger devient très populaire grâce à son discours nationaliste, l'amélioration des conditions de vie du soldat et en appelant à la Revanche contre l’Allemagne.
En 1887, un scandale a lieu: le gendre du président Grévy vendait des décorations (légion d'honneur), Boulanger apparaît comme l'homme capable de nettoyer la république.
Les espoirs des "boulangistes": la fin de la république libérale au profit d'une république autoritaire, autour de Boulanger
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Il se lance en politique, ses soutiens sont très divers: comme le nationaliste Barrès, l'ancien communard Rochefort, des royalistes et bonapartistes, qui espèrent tous le renversement de la république libérale mais sans avoir un clair programme de gouvernement pour la suite.
Cependant, en 1889, Boulanger hésite à prendre le pouvoir, les autorités républicaines lancent un mandat contre lui et il s’enfuit en Belgique. Le mouvement boulangiste s’effondre rapidement. Il se suicide en 1891 sur la tombe de sa maitresse. Selon Georges Clémenceau, député radical "il est mort comme il a vécu, en sous-lieutenant".
Le suicide de Boulanger
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C. Vers la république laïque, 1894-1914
L’affaire Dreyfus débute en 1894 lorsque le capitaine Alfred Dreyfus, officier juif, est accusé à tort d’espionnage au profit de l’Allemagne. Il est condamné et déporté au bagne.
Dégradation publique de Dreyfus, qui fait l'objet d'une campagne de presse virulente contre lui, notamment de la part de certains journaux antisémites comme "La Libre Parole" d'Edouard Drumont.
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Cependant, le lieutenant-colonel Picquart comprend que le vrai coupable est un autre officier, le commandant Esterhazy, mais, l'état-major refuse de rouvrir l'affaire, de peur d'affaiblir la réputation de l'armée. Le silence de l'état-major ne change rien, les découvertes de Picquart fuitent parmi les milieux proches de la famille Dreyfus. En 1898, Émile Zola publie dans le journal L'Aurore (tenu par Clemenceau) « J’accuse… ! », une lettre ouverte qui demande à ce que l'enquête soit relancée.
Le lieutenant-colonel Picquart, officier français identifiant le véritable traitre
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Georges Clémenceau, dreyfusard, dont le journal L'Aurore diffuse la lettre de Zola (il donne à Zola l'idée de "J'accuse" comme titre)
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Emile Zola, écrivain républicain proche des milieux de gauche, auteur de "J'accuse" et qui renforce considérablement la médiatisation de l'affaire
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L’affaire divise profondément la société française entre dreyfusards, favorables à la révision du procès, proches de la gauche, allant des socialistes aux libéraux face aux antidreyfusards, nationalistes, soutenus par une partie importante des catholiques et croyant à la culpabilité de Dreyfus ou bien à ne pas remettre en cause l'honneur de l'armée.
Caricature du Figaro montrant les disputes à table car "Ils en ont parlé" (de l'affaire Dreyfus)
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Finalement, Dreyfus est réhabilité en 1906. Avec la victoire du bloc des gauches aux législatives de 1902, donnant le premier rôle aux radicaux, et le sentiment de victoire des républicains de gauche après l'affaire, la question de la laïcité de l’État arrive à l'ordre du jour.
Les républicains considèrent que l’Église catholique reste hostile aux valeurs républicaines, souvent déistes et anticléricaux, le président du conseil Émile Combes est un des représentants les plus acharnés de cette tendance.
Un exemple d'anticléricalisme dans la presse: la Lanterne, d'Henri Rochefort
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Les lois scolaires de Jules Ferry réduisent déjà l’influence religieuse dans l’enseignement. Cette politique se poursuit avec la limitation du rôle des congrégations religieuses et l'expulsion de nombreux ordres missionnaires.
Statue d'Ernest Renan, penseur déiste, inaugurée par le président du conseil Emile Combes
Cette statue est considérée par les catholiques comme une offense directe, car Renan avait remis en cause la divinité de Jésus
©Moreau Henri. Wikimedia Commons 1.0
Aristide Briand, rapporteur de la loi de séparation des Églises et de l’État
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En 1905, la loi de séparation des Églises et de l’État met fin au Concordat napoléonien. L’État ne reconnaît ni ne finance aucun culte, cependant, la société est loin d'être apaisée, il faut attendre 1914 pour que la république cesse le conflit et qu'elle se réconcilie avec les catholiques.
Le tableau de Rops "La tentation de Saint-Antoine", exemple de blasphème
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A l'inverse, nombre de catholiques accusent la république d'être contrôlée par la franc-maçonnerie et les franc-maçons d'être des agents du diable.
Ici, une caricature fantaisiste de cérémonie maçonnique par l'auteur Léo Taxil
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En retour, l'affaire Dreyfus et la loi de 1905 donnent naissance au nationalisme intégral de Charles Maurras. Celui-ci revivifie la pensée royaliste et l'associe au nationalisme: il plaide pour une France catholique, où la communauté locale prime sur l'individu, avec un roi à sa tête, contre les "4 Etats confédérés de l'Anti-France": juifs, franc-maçons, protestants, métèques (étrangers).
🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
La IIIe République est proclamée le 4 septembre 1870.
La Commune de Paris débute le 18 mars 1871, réprimée en mai 1871.
Les lois constitutionnelles de 1875 fondent la République parlementaire.
La crise du 16 mai 1877 oppose président et Parlement.
En 1879, les républicains contrôlent durablement le régime.
Jules Ferry rend l’école gratuite et obligatoire.
Les instituteurs diffusent les valeurs républicaines.
Le Parlement domine la vie politique.
La loi de 1905 sépare l’Église et l’État.
Alfred Dreyfus est accusé d’espionnage en 1894.
L’affaire Dreyfus divise profondément la France.
Émile Zola publie « J’accuse… ! » en 1898.
Dreyfus est réhabilité en 1906.
Chapitre 2. Permanences et mutations de la société française jusqu’en 1914
🪶CITATION A RETENIR:
Octave Mirbeau, "Les bourgeois détestent les ouvriers, les ouvriers détestent les vagabonds, les vagabonds cherchent plus vagabonds qu’eux pour avoir aussi quelqu’un à mépriser, à détester", Sébastien Roch, 1890.
Léon Bloy (écrivain catholique), "Les riches environnent Paris comme une circonvallation de fumier autour d'une porcherie monstrueuse", Mon Journal.
Georges Clemenceau, "Dans le néant, il a du se sentir chez lui", à propos de la mort du président Félix Faure, mort pendant une étreinte fatale avec sa maitresse.
A. Les tensions sociales de la IIIe République
La France connaît depuis le Second Empire une profonde transformation économique et sociale liée à l’industrialisation. Les villes industrielles se développent rapidement autour des mines, des usines sidérurgiques ou des manufactures textiles. Entre 1870 et 1914, la population urbaine augmente fortement : Paris dépasse 2,8 millions d’habitants en 1911, tandis que des villes comme Lille, Saint-Étienne ou Le Creusot deviennent de grands centres industriels.
Cette industrialisation s’accompagne cependant d’inégalités sociales importantes. Les ouvriers travaillent souvent plus de 10 heures par jour dans des conditions difficiles et dangereuses. La majorité des entreprises sont alors composées d'un faible nombre de salariés, avec une part conséquente d'artisanat alors que le travail à domicile n'a pas disparu.
Les raboteurs de parquet de Jean-François Millet: les techniques artisanales perdurent
Cependant, on trouve aussi des vastes ensembles industriels, comme ceux des usines du Creusot, dirigées par la famille Schneider, avec 14 000 ouvriers en 1900. Les salaires restent faibles et les logements ouvriers sont souvent insalubres. A Lille, la majorité des ouvriers ne laisse aucune possession en héritage à leurs enfants.
Face à ces difficultés, le mouvement ouvrier se développe progressivement. Les syndicats, longtemps interdits depuis la loi Le Chapelier de 1791, sont finalement autorisés par la loi Waldeck-Rousseau de 1884. Cette légalisation permet aux ouvriers de s’organiser pour défendre leurs droits.
En 1895 est créée la Confédération générale du travail (CGT), qui devient la principale organisation syndicale française. La CGT choisit une position particulièrement radicale, influencée par l’anarcho-syndicalisme, ce qui est traduit par sa charte d'Amiens de 1906, refusant de rejoindre le réformisme, appelant à la révolution.
Les grèves se multiplient : on en compte plusieurs centaines par an au début du XXe siècle. Les ouvriers réclament notamment de meilleurs salaires, la réduction du temps de travail et une protection sociale.
Une grève au Creusot, 1899
Des catastrophes industrielles ont parfois lieu. Le 10 mars 1906 à Courrières, 1099 mineurs perdent la vie dans une mine après une explosion souterraine. La catastrophe marque les consciences, c'est le drame le plus meurtrier survenu dans une mine en Europe, ce qui entraine de violentes et massives grèves contre la compagnie minière. De même, le principe d'une journée de repos après 6 journées de travail est acté à partir de la loi du 13 juillet 1906.
Le 1er mai devient progressivement un symbole des luttes ouvrières internationales. La première grande mobilisation a lieu en 1890 pour réclamer la journée de travail de huit heures. Certaines manifestations dégénèrent en affrontements violents, comme à Fourmies dans le Nord le 1er mai 1891 : l’armée tire sur les manifestants, faisant neuf morts.
L'armée ouvre le feu sur les manifestants de Fourmies lors du 1er mai 1891
Cependant, ce monde ouvrier n’est pas politiquement homogène. Une partie des catholiques refuse le socialisme révolutionnaire et développe un syndicalisme chrétien. Inspirés par l’encyclique Rerum Novarum publiée par le pape Léon XIII en 1891, des militants cherchent à défendre les ouvriers tout en maintenant l’ordre social et les valeurs chrétiennes. Ils influenceront la démocratie-chrétienne.
Le pape Léon XIII, défenseur d'une troisième voie entre socialisme et capitalisme sans limite
Marc Sangnier, fondateur du Sillon, pionnier du catholicisme social, dans un contexte où les catholiques se sont ralliés à la république depuis les années 1880
De même, le paternalisme chrétien, sur le modèle des Schneider, fournit logements, infrastructures de vie et éducation à leurs employés, en échange de leur dévotion et de l'acceptation d'un certain ordre moral catholique.
Malgré l’industrialisation, la France reste encore largement rurale avant 1914. Environ 40 % des Français vivent de l’agriculture au début du XXe siècle. La Bretagne, la Vendée, l'Auvergne sont peu urbanisées. La foi catholique y est plus résistante qu'en ville, le curé et le notable ont une place importante.
L'Angélus de Jean-François Millet : des campagnes traditionnelles et croyantes
Le monde rural est cependant lui aussi traversé par des tensions. Les petits paysans souffrent de la concurrence étrangère et des crises agricoles. En 1892, la loi Méline renforce le protectionnisme et les barrières douanières, notamment sous l'influence des producteurs agricoles.
Ce monde rural entre débuts de modernisation, déclin et profond conservatisme est décrit avec humour et justesse par les œuvres de Guy de Maupassant.
La mécanisation progresse lentement et les conditions de vie restent difficiles dans certaines régions. Beaucoup de ruraux quittent les campagnes pour rejoindre les villes industrielles, alimentant l’exode rural. En 1907, les mauvaises récoltes viticoles entrainent des manifestations paysannes dans le Languedoc.
Une photographie des vignerons mécontents. Le gouvernement de Georges Clemenceau réussira à diviser les meneurs de la révolte
A l'image du Second Empire, la IIIe République cherche à montrer la puissance économique et industrielle française grâce aux expositions universelles. Celles de 1889 et de 1900 à Paris attirent des millions de visiteurs venus du monde entier. L’exposition de 1889 célèbre le centenaire de la Révolution française et voit la construction de la tour Eiffel.
Illustration célébrant l'exposition de 1889, dont la tour Eiffel est le symbole, quoiqu'à l'époque, plusieurs auteurs l'aient critiqué (tel Maupassant)
Ces expositions présentent les progrès techniques, l’électricité, les machines industrielles ou encore les colonies françaises. Elles symbolisent l’optimisme de la République et la croyance dans le progrès scientifique. En effet, une large part des élites française est influencée par le positivisme d'Auguste Comte, philosophe imaginant l'arrivée d'un "âge scientifique", où la religion est dépassée par le progrès technique.
Une carte postale de 1899 "En l'an 2000", prédisant la société du futur
Jules Verne, auteur de De la terre à la lune, imaginant les débuts de la conquête spatiale
Auguste Comte, fondateur du positivisme
B. Les rôles sociaux et politiques des femmes
Sous la IIIe République, la société française reste profondément patriarcale. Les femmes sont juridiquement et politiquement inférieures aux hommes. Le Code civil napoléonien continue de faire du mari le chef de famille : une femme mariée ne peut pas ouvrir un compte bancaire, signer un contrat ou travailler librement sans l’autorisation de son époux. Les femmes sont également exclues de la vie politique : elles ne disposent ni du droit de vote ni du droit d’être élues.
La droite catholique est influencée par une vision religieuse de la femme devant rester à l'écart des affaires politiques pour demeurer au foyer. La gauche républicaine refuse l'extension du droit de vote car elle craint que les femmes ne votent pour les candidats les plus conservateurs (étant davantage pratiquantes que les hommes).
La majorité des femmes travaille pourtant. Dans les milieux populaires, les femmes occupent des emplois souvent pénibles et mal payés. Beaucoup travaillent dans les usines textiles, comme dans le Nord ou à Lyon, où elles représentent parfois plus de la moitié des ouvriers, pour des salaires inférieurs.
D’autres sont domestiques : les femmes de chambre et les servantes constituent l’un des principaux emplois féminins urbains. Elles vivent souvent chez leurs employeurs bourgeois et travaillent de très longues journées.
L'écrivain Octave Mirbeau dans son livre Journal d'une femme de chambre décrit la réalité crue et cynique d'une domestique employée par des patrons masculins cherchant à abuser de leur position à son égard.
Les glaneuses de Jean-François Millet: le travail féminin est omniprésent à la campagne
Le personnage de Célestine dans le Journal d'une femme de chambre
La soubrette d'Alexander Mann
Une scène du film de Bunuel, adaptation de Mirbeau, où l'employeur de Célestine tente de profiter d'elle
La prostitution est également un phénomène important dans les grandes villes de la IIIe République. Les autorités tolèrent les maisons closes, considérées comme un "mal nécessaire", un "égout séminal" réservé aux hommes. À Paris, plusieurs milliers de femmes sont enregistrées par la police des mœurs au début du XXe siècle.
Au salon de la rue des moulins, de Toulouse Lautrec, peintre et client régulier de ce genre d'établissement
Dans les milieux bourgeois, les femmes ont un rôle différent mais restent soumises à de fortes contraintes sociales. Elles doivent représenter l’honneur et la respectabilité de la famille, gérer le foyer et éduquer les enfants. L’éducation des filles progresse néanmoins depuis le Second Empire et avec la loi Camille See de 1880 ouvrent les premiers lycées de jeunes filles.
L'instruction féminine au-delà de l'enseignement primaire demeure rare, elles ne sont que 3% des effectifs à l'université en 1900
BNF/Gallica
Nombre de femmes entretiennent aussi un lien étroit avec la religion. Les femmes de la bonne société demeurent très présentes dans les églises, les œuvres de charité et les congrégations.
Le divorce, supprimé sous la Restauration, est rétabli par la loi Naquet de 1884. Cette mesure représente une étape importante dans l’émancipation juridique des femmes, même si les mentalités évoluent lentement. À partir de la fin du XIXe siècle, des mouvements féministes commencent également à réclamer davantage de droits politiques et civiques, préparant les combats du XXe siècle.
Ainsi, Hubertine Auclert réclame le suffrage féminin, sur le modèle des suffragettes britanniques. Toutefois, les revendications féministes sont très diversement acceptées par les mouvements ouvriers. Ceux-ci sont dirigés par des hommes et peuvent considérer le travail des femmes comme une concurrence pour celui des hommes, car une femme est payée moins cher par son employeur.
La militante Hubertine Auclert
C. La France, terre d'immigration au XIXe siècle
Contrairement à d’autres pays européens comme l’Italie ou l’Allemagne, qui connaissent une forte émigration, la France attire une main-d’œuvre étrangère en raison des besoins de son industrie qui ne sont pas assurés par sa faible croissance démographique. La France décroche démographiquement par rapport à ses voisins. Avec 38 millions d'habitants en 1870, elle n'atteint que 41 millions en 1913. En comparaison, l'Allemagne passe sur la même période de 39 à 65 millions d'habitants et le Royaume-Uni de 31 à 45 millions.
L'apologie des familles nombreuses. En dépit de ces efforts, la démographie française demeure désastreuse
© CC0 Collections La contemporaine, Nanterre
Ainsi, encouragés par le patronat, de 1851 et 1911, le nombre d’étrangers présents en France passe d’environ 380 000 à plus de 1,1 million. La loi du 26 juin 1889 sur la nationalité garantit le droit du sol en plus du droit du sang pour les enfants d'immigrés. La France a aussi besoin de ces futurs soldats pour combler la faible démographie.
Les immigrés viennent principalement des pays voisins. Les Italiens constituent le groupe le plus nombreux : ils sont près de 420 000 en France en 1911. Beaucoup travaillent dans l’agriculture du sud-est, dans les mines ou sur les grands chantiers urbains. Les Belges sont très présents dans le Nord industriel, tandis que les Espagnols se concentrent dans le sud-ouest. Des travailleurs polonais arrivent également dans les bassins miniers au début du XXe siècle, avec une immigration nord-africaine encore limitée mais connaissant ses premiers débuts.
Cette immigration répond aux besoins économiques du pays. Les immigrés occupent souvent les emplois les plus difficiles et les moins bien rémunérés. Ils participent à la construction des chemins de fer, au développement industriel ou aux travaux urbains. À Paris, de nombreux ouvriers étrangers travaillent sur les grands chantiers de l’haussmannisation et dans le bâtiment.
Cependant, cette immigration provoque aussi des tensions. La droite nationaliste y voit une invasion de "métèques", les syndicats sont parfois hostiles. Comme pour les femmes, les travailleurs étrangers sont accusés d'accepter des emplois moins bien rémunérés.
Des violences éclatent parfois, comme à Aigues-Mortes en 1893, où des ouvriers italiens sont attaqués par des travailleurs français : plusieurs immigrés italiens sont tués.
Une représentation de presse du massacre d'Aigues Mortes, 1893
Malgré ces tensions, beaucoup d’immigrés s’intègrent progressivement à la société française. Leurs enfants fréquentent l’école républicaine, accomplissent le service militaire, vivent avec des Français et adoptent souvent la langue et la culture françaises.
🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
Chapitre 3. Métropole et colonies
🪶CITATIONS A RETENIR:
Jules Ferry, "L'œuvre civilisatrice qui consiste à relever l'indigène, à lui tendre la main, à le civiliser, c'est l'œuvre quotidienne d'une grande nation", Discours au Sénat, 1891.
Cecil Rhodes, "I contend that we are the first race in the world, and that the more of the world we inhabit the better it is for the human race", homme d'affaires et partisan de l'impérialisme britannique.
Georges Clémenceau, "Races supérieures ! Races inférieures ! C'est bientôt dit. Pour ma part, j'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand.", Discours à la Chambre des députés, 30 juillet 1885.
A. Conquérir les empires coloniaux
Au XIXe siècle, les puissances européennes se lancent dans une vaste expansion coloniale favorisée par leur supériorité militaire, industrielle et technologique. Les empires extra-européens apparaissent souvent affaiblis face aux armées européennes équipées d’armes modernes, de navires à vapeur et de chemins de fer.
L’Empire ottoman perd progressivement le contrôle de plusieurs territoires, tandis que la Chine des Qing est déstabilisée par les guerres de l’opium et la stagnation technologique et politique. En Afrique, de nombreux royaumes et empires locaux sont divisés ou militairement moins puissants que les armées européennes.
Cette situation facilite les conquêtes coloniales, alors que la quinine permet de contrer le paludisme, qui empêchait jusque là aux armées européennes de marcher à l'intérieur des terres africaines.
La conquête de l’Algérie constitue le point de départ majeur de l’expansion coloniale française contemporaine. En 1830, le roi Charles X lance l’expédition d’Alger officiellement pour répondre à un incident diplomatique avec le dey d’Alger. La conquête limitée se transforme en occupation totale sous l'influence du maréchal Bugeaud.
Les Français s’emparent d’Alger puis étendent progressivement leur contrôle à l’intérieur du territoire malgré la résistance menée par Abdelkader dans les années 1830-1840.
L’Algérie devient progressivement une colonie de peuplement : vers 1914, environ 800 000 Européens y vivent, principalement des Français mais aussi des Espagnols et des Italiens. Il s'agit de la seule colonie de peuplement d'importance, et pourtant, les Européens n'y représentent que 10% de la population totale, par rapport aux populations nord-africaines.
À partir des années 1880, la IIIe République accélère fortement l’expansion coloniale. Les républicains comme Jules Ferry défendent l’idée d’une « mission civilisatrice » de la France. Selon eux, les Européens auraient pour devoir d’apporter la civilisation, l’école et le progrès aux peuples colonisés.
Jules Ferry déclare ainsi en 1885 devant la Chambre des députés : « Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures ». Cette idéologie sert à justifier les conquêtes. Parmi les autres puissances européennes, les Britanniques Cecil Rhodes et Chamberlain, les pangermanistes allemands ou l'Italien Crispi reprennent des discours similaires.
La France étend alors son influence en Afrique et en Asie. Dans certains cas, elle impose un protectorat plutôt qu’une colonie directe. Le protectorat permet de conserver officiellement un souverain local tout en plaçant le territoire sous contrôle français.
Somebody500. CC BY-SA 4.0
La Tunisie devient un protectorat français en 1881 avec le traité du Bardo. L'extension en Afrique subsaharienne ne devient d'importance qu'à partir des années 1890: Madagascar est conquise en 1895, le royaume du Dahomey vaincu en 1894, la fondation de Fort-Lamy sur le lac Tchad en 1900 marque l'extension en Afrique centrale.
GR 2 K 148, 27 et 44 : SHD Vincennes
En Indochine, la France contrôle progressivement la Cochinchine, le Cambodge, l’Annam et le Tonkin, formant l’Union indochinoise en 1887. En 1885, la victoire contre la Chine avait permis de renforcer l'influence française dans ces pays, auparavant dominé par la monarchie des Qing.
Cette expansion entraîne des rivalités entre puissances européennes, particulièrement en Afrique. Pour éviter les conflits directs, les Européens organisent la conférence de Berlin sous l’impulsion du chancelier allemand Otto von Bismarck.
Les représentants européens s'accordent non pas pour partager l'Afrique, car ils ne contrôlent pas l'intérieur des terres, mais ils s'accordent pour créer l'Etat libre du Congo remis au roi des Belges Léopold II, encourager l'envoi de missionnaires chrétiens et justifier la colonisation par l'abolition de l'esclavage.
Les armées européennes, largement inférieures en nombre, sont pourtant quasiment toujours victorieuses. La supériorité technologique rejoint les alliances avec des peuples, jouant sur les rivalités ethniques. De nombreuses troupes coloniales ne sont pas européennes, ainsi les tirailleurs sénégalais français ou les Askaris allemands.
Des victoires africaines sont réelles mais rares, comme à Isandlwana en 1879 où les Zoulous détruisent une armée britannique. En 1896, la victoire éthiopienne d'Adoua sur l'armée italienne permet à ce royaume de préserver son indépendance.
Cette conférence accélère la « course aux colonies ». En 1914, l’Afrique est presque entièrement contrôlée par les Européens, à l’exception de l’Éthiopie et du Liberia (une ancienne colonie américaine sous l'influence de Washington).
Ainsi, la conquête coloniale repose à la fois sur la supériorité militaire européenne, des ambitions économiques et stratégiques, mais aussi sur une idéologie impériale présentée comme civilisatrice.
B. Vivre dans les empires coloniaux
Une fois les territoires conquis, les puissances coloniales cherchent à organiser et à contrôler durablement leurs empires. La France met en place une administration coloniale centralisée dirigée depuis Paris. Des gouverneurs et des administrateurs coloniaux représentent l’autorité française dans les colonies qui sont peu à peu créées (Afrique occidentale française Afrique orientale française, Indochine,etc.).
Loin d'apporter un modèle calqué sur la métropole, les autorités s’appuient aussi sur des chefs locaux afin de faciliter le contrôle des populations.
Les villes coloniales jouent un rôle essentiel dans cette domination. Elles servent à la fois de centres administratifs, économiques et militaires. Alger devient ainsi une vitrine de la présence française en Afrique du Nord.
Les Européens y construisent de grands boulevards, des bâtiments administratifs, des ports modernes et des quartiers réservés aux colons. Cependant, la ville reste profondément divisée entre quartiers européens modernes et quartiers populaires musulmans plus pauvres.
En Asie, Saïgon devient le principal centre économique de l’Indochine française. Les Français y développent des infrastructures modernes : routes, tramways, bâtiments administratifs et port commercial. Saïgon est parfois surnommée le « Paris de l’Extrême-Orient », avec certains quartiers influencés par une architecture française haussmanienne. Ces villes symbolisent la volonté française d’imposer son modèle urbain et culturel.
Rue Catinat, BNF/Gallica
Le maintien de l’empire repose également sur des inégalités juridiques très fortes entre colons européens et populations colonisées. En Algérie, les musulmans ne bénéficient pas des mêmes droits politiques que les citoyens français. Ils restent des « sujets français » et non des citoyens à part entière, sauf s’ils acceptent d’abandonner leur statut personnel musulman, ce que très peu font.
Cette inégalité est renforcée par le Code de l'indigénat, appliqué dans plusieurs colonies françaises. Ce système juridique d’exception permet à l’administration coloniale de punir les populations indigènes sans véritable procès pour des infractions spécifiques comme le refus de travail forcé ou le non-paiement des impôts. Les colonisés peuvent être soumis à des amendes, des déplacements forcés ou des peines de prison. Ce système montre le caractère profondément inégalitaire de l’ordre colonial.
L’économie coloniale est organisée au profit de la métropole. Les colonies fournissent des matières premières comme le caoutchouc, le riz, le coton ou les minerais. En Indochine, les plantations d’hévéas se développent fortement au début du XXe siècle. En Afrique, les travaux forcés sont parfois utilisés pour construire des routes ou des chemins de fer. Les colonies servent aussi de débouchés pour les produits industriels français, mais le commerce reste encore limité entre métropole et colonies avant les années 1920.
C. Rivalités impériales
À la fin du XIXe siècle, la colonisation devient un enjeu majeur des rivalités internationales entre grandes puissances.
L’un des épisodes les plus célèbres est la crise de Fachoda. La France cherche alors à relier ses possessions d’Afrique de l’Ouest à celles de la mer Rouge, tandis que le Royaume-Uni veut contrôler un axe nord-sud du Caire au Cap. Les deux expéditions se rencontrent à Fachoda, au Soudan actuel. Le Français Marchand est en infériorité numérique contre le Britannique Kitchener, qui vient d'écraser les Mahdistes soudanais (une révolte religieuse).
Pendant plusieurs semaines, une guerre semble possible entre Français et Britanniques. Finalement, la France recule, ce qui provoque un sentiment d’humiliation mais favorise ensuite le rapprochement franco-britannique qui débouchera sur l’Entente cordiale de 1904.
La Chine devient également un terrain de rivalités impériales. Affaibli par les défaites militaires et les interventions étrangères, l’Empire Qing subit les ambitions des Européens, des Russes et des Japonais. Les Britanniques ont capturé Hong-Kong, la France le Kouang Tcheou Wan, alors que chaque puissance multiplie les zones d'influence sur les côtes chinoises.
En 1900 éclate la révolte des Boxers, un mouvement hostile aux étrangers et aux missionnaires chrétiens. Une coalition internationale intervient pour reprendre Beijing, où les ambassades européennes sont assiégées.
Des soldats français participent à cette expédition aux côtés des Britanniques, Allemands, Russes et Japonais. Ce sont les 55 jours de Pékin, et les Européens de Beijing sont sauvés.
Le Maroc devient également un objet de tensions internationales. L’Allemagne de Guillaume II conteste l’influence française dans la région. En 1905, l’empereur allemand se rend à Tanger pour soutenir les intérêts allemands et provoquer la France. Une conférence internationale est organisée à Algésiras en 1906, mais elle confirme finalement la prédominance française.
Une nouvelle crise éclate en 1911 avec l’envoi d’un navire de guerre allemand à Agadir. Finalement, la France impose son protectorat sur le Maroc en 1912. Le maréchal Lyautey y sert de résident-général. Admirant le Maroc, monarchiste et hostile à une colonisation de peuplement sur le modèle que la France applique en Algérie, il renforce considérablement l'administration et le pouvoir du sultan du Maroc pour y diffuser l'influence française.
Le nord du Marc (le Rif) est donné à l'Espagne, qui ne contrôle que certaines villes côtières.
Ces rivalités coloniales s’accompagnent d’une course à l’armement, notamment naval. Le Royaume-Uni développe une flotte immense afin de protéger son empire mondial. L’Allemagne cherche à concurrencer cette domination maritime en construisant de puissants cuirassés modernes appelés « dreadnoughts ».
Cette compétition militaire encourage le Royaume-Uni à se rapprocher de la France, après la crise de Fachoda et une fois leurs tensions coloniales réglées.
Enfin, l’émergence du Japon comme puissance impériale modifie l’équilibre mondial. Après les réformes de l’ère Meiji à partir de 1868, le Japon se modernise rapidement et adopte les techniques industrielles et militaires occidentales.
Il remporte une victoire spectaculaire contre la Chine en 1895 puis contre la Russie en 1905 lors de la guerre russo-japonaise. Le Japon conquiert Taïwan, la Corée et influence la Mandchourie.
La guerre de 1894-1895 entre la Chine et le Japon montre que les Japonais se sont modernisés en quelques décennies, face à l'armée chinoise dépassée
1905, la victoire navale japonaise de Tsushima permet de l'emporter contre la Russie
Cette victoire japonaise surprend les Européens : c’est la première fois lors de l'ère coloniale qu’une puissance asiatique moderne bat un grand État européen. Le Japon devient alors une grande puissance impériale en Asie orientale.
Ainsi, les rivalités impériales de la fin du XIXe siècle transforment profondément les relations internationales et contribuent à créer un climat de compétition et de tension généralisée avant 1914.
🎬A RETENIR POUR VOS COPIES
CHRONOLOGIE DES PRINCIPALES DATES DU CHAPITRE
1830 – Début de la conquête de l’Algérie
4 septembre 1870 – Proclamation de la IIIe République
18 mars 1871 – Début de la Commune de Paris
21–28 mai 1871 – Semaine sanglante
1875 – Lois constitutionnelles
1881 – Mise en place du Code de l’indigénat
1881–1882 – Lois scolaires de Jules Ferry
1884–1885 – Conférence de Berlin
1889 – Fin de la crise boulangiste
1889 – Exposition universelle et construction de la Tour Eiffel
1894 – Début de l’affaire Dreyfus
1895 – Création de la CGT
1895 – Fondation de l’Afrique occidentale française
1898 – Crise de Fachoda
1898 – Publication de « J’accuse… ! »
1898 – Fondation de la Ligue française pour le droit des femmes
1900 – Révolte des Boxers et siège de Beijing
1900 – Exposition universelle de Paris
1905 – Séparation des Églises et de l’État
1906 – Réhabilitation de Dreyfus
1906 – Instauration du repos hebdomadaire
1911 – Crise d’Agadir entre France et Allemagne